« L’Anthropocène est le pire récit qu’on puisse faire de la crise environnementale contemporaine »

  • Par kjhg

Le concept d’Anthropocène vient des sciences du système Terre. Il renvoie à l’idée d’une humanité unifiée, prise globalement, qui aurait eu un impact sur le système Terre. Par ailleurs, il recycle des vieux schémas de pensée néomalthusiens, c’est-à-dire renvoyant à l’idée d’une humanité se multipliant de façon irrémédiable. Il est donc assez logique que le concept ait émergé du côté du monde anglo-saxon, qui a toujours été très influencé par le néo-malthusianisme depuis le XIXème siècle.

Mais d’un point de vue historique, il s’agit du pire récit qu’on puisse faire de la crise environnementale contemporaine. Il n’y a pas « une » humanité mais des dynamiques très différentes et très inégalitaires selon les pays. L’enjeu dans L’événement Anthropocène, le livre que j’ai publié avec Christophe Bonneuil en 2013, était de ré-historiciser le concept d’Anthropocène afin de le re-politiser.

« L’Anthropocène est le pire récit qu’on puisse faire de la crise environnementale contemporaine »

Par ailleurs, ceux qui ont promu la notion d’Anthropocène ont eu tendance à présenter ça comme une énorme révolution conceptuelle, philosophique. Mais en se plongeant dans l’histoire des sciences, on voit à quel point l’idée de la Terre comme système complexe de circulations matérielles dans laquelle l’humain a un rôle important voire catastrophique est une idée assez clichée, assez ancienne. Elle existe au moins depuis la fin du XVIIème siècle, en partie à cause de l’idée créationniste : pour la plupart des intellectuels européens de cette époque-là, la Terre est une création, une organisation parfaite créée par l’être supérieur que serait Dieu. Présenter l’Anthropocène comme une sorte de révolution cosmologique, c’est faire fi de réflexions importantes dans les sciences naturelles des derniers siècles.

  • Mots clés: