« Je me rappelle m’être dit : “Tiens, je ne tombe pas au bon endroit” » : l’art de la chute selon l’acrobate Tsirihaka Harrivel

  • Par kjhg

Dans l’idéal, il aurait aimé que « cela ne devienne pas une histoire ». Plutôt un accident de parcours qu’on laisse fondre à bas bruit derrière soi ; tout au plus une anecdote pour faire rire les copains ou épater les filles. Mais « cela », idée obsédante, a fini par devenir la matière autobiographique d’un album, La Dimension, puis celle d’un spectacle, La Dimension d’après, qui sera à l’affiche dans le cadre du Festival Les Singulier.e.s, au Centquatre, à Paris, du 8 au 20 février.

C’est précisément dans ce lieu culturel que, le 4 octobre 2017, en pleine représentation de Grande, est survenu l’accident qui a fait vriller la trajectoire, personnelle et artistique, de Tsirihaka Harrivel. Fils d’un informaticien malgache et d’une institutrice française, ce fidèle des « soirées du mardi sur France 3 » consacrées, dans les années 2000, à la diffusion de numéros de cirque traditionnel, des Bouglione au cirque de Monte-Carlo, est devenu, à force d’abnégation et d’inventivité, un acrobate d’une poésie virevoltante, prodige du mât chinois. Composant un duo fusionnel avec sa partenaire (également sa petite amie à l’époque), Vimala Pons, rencontrée au Conservatoire national d’art dramatique en 2005, il cartonne avec Grande, un spectacle performance à deux qui se joue à guichets fermés.

Elle y improvise un strip-tease détonnant, porte un mannequin, des piles d’assiettes ou, costumée en infirmière, une machine à laver sur la tête. Lui, entre deux morceaux au clavier, décolle d’un trampoline et dévale, souple comme un skieur, un toboggan vertical haut de 8 mètres. « On l’avait essayé d’abord à 3 mètres. C’était nul. Plus on montait, plus on réalisait que le cirque a à voir avec la hauteur et que c’est ce vertige qui absorbe tout », se souvient Tsirihaka Harrivel, dans le studio que les deux artistes partagent toujours au Centquatre, équipé d’instruments, d’un canapé et d’une imprimante qui s’enclenche d’elle-même comme par magie au beau milieu de l’entretien.

« Juste hyper cabossé »

« Je me rappelle m’être dit : “Tiens, je ne tombe pas au bon endroit” » : l’art de la chute selon l’acrobate Tsirihaka Harrivel

Le 4 octobre 2017, alors qu’il est à huit mètres du sol, un crochet se détache : le jeans que le circassien agrippe se déchire, ne lui laissant pas le temps d’atteindre le fameux toboggan pour sa redescente filante. « Je me rappelle m’être dit : “Tiens, je ne tombe pas au bon endroit…” » En une seconde, sans filet, il s’effondre violemment sur un élément du décor, une gazinière Ikea qui s’affaisse sous son poids.

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