De 2000 à 2020, le top des 52 meilleures comédies US

  • Par kjhg

Judd Apatow, Peter et Bobby Farrelly, Ben Stiller, Greta Gerwig… : des comédies régressives ou plus subtiles pour s’évader en ces temps confinement. Et toutes sont disponibles en VOD !

2000 / Fous d’Irène de Peter et Bobby FarrellyFous d’Irène relance un couple archi-classique de comédie : le faible et le fort, le sado et le maso (Laurel et Hardy, de Funès et Bourvil), avec Jim Carrey, l’acteur le plus disjonctif de sa génération, dans la peau de l’un et de l’autre. Il suffit d’une variation d’octave, d’un plissement d’œil pour que se distinguent Charlie le mou et Hank le furieux. Et tous deux existent avec une densité telle que le film peut rapidement brouiller la donne, montrer Hank se faire passer pour Charlie, voire les faire exister ensemble, l’acteur se débattant dans une transe schizophrène inénarrable.Exceptionnel comme jamais, surface expressive de la tête au pied, Jim Carrey se jette contre les murs, roule sur le sol, s’étrangle, enfonce son doigt dans ses plaies, avance en se rouant de coups, tout entier transformé en champ de bataille schizoïde. Dans ces montées d’autotorture masochiste, l’acteur fait basculer le film de la pure comédie à une sorte d’inquiétude universelle. Il est l’homme contemporain de l’entre-deux-siècles, dévasté par toutes sortes de somatisations barbares, corps au supplice martyrisé par lui-même. J.-M. L.(Me, Myself & Irene) Avec Jim Carrey, Renée Zellweger (1 h 56), sur Canal VOD

2000 / Eh mec ! elle est où ma caisse ? de Danny LeinerDeux crétins postpubères à la mâchoire molle se réveillent un matin avec la gueule de bois et la mémoire qui flanche : qu’ont-ils fait de leur voiture ? Qu’ont-ils fait de leur soirée ? Qu’ont-ils fait de leur jeunesse ? Il s’avère très vite que leur quête triviale d’une caisse et d’un souvenir coïncide avec celle d’une sorte d’engin bizarre appelé “rupteur temporel”, perdu et recherché par ses gardiens extraterrestres au physique bodybuildé et à l’accent nordique. Le rupteur étant aussi convoité par des pin-ups extraterrestres prêtes à payer de leur corps pour se l’accaparer et par une secte bien terrestre, celle des adorateurs de Zoltan (un jeune homme qui vit chez ses parents et qui impose à ses adeptes le port de la combinaison spatiale en papier bulle), le film atteint des sommets dans le délire. Il y a quelque chose du cinéma de Jerry Lewis dans ce film fort peu vulgaire, sans prétention, sans intention parodique, plein d’invention, drôle et poétique, qui assume sans coup férir et sans vergogne son statut de film comique débile. J.-B. M.(Dude, Where’s My Car ?) Avec Ashton Kutcher, Seann William Scott, Jennifer Garner (1 h 23), sur Canal VOD, Orange

2001 / Zoolander de Ben StillerSatire hilarante de la célébrité et du monde de la mode, Zoolander a été distribué à sa sortie de façon quasi confidentielle, comme si la charge caricaturale de son propos était trop sophistiquée et subtile pour le grand public. Ce n’est que dans le temps de son exploitation vidéo qu’il a généré un véritable culte. Derek Zoolander est un top-model totalement débile, superficiel et narcissique. Le vide qui règne dans son cerveau attire l’attention d’une puissante organisation secrète qui utilise les mannequins mâles comme des machines à tuer : ces marionnettes humaines sont en parfaite condition physique et leur cerveau est aussi malléable que de la pâte à modeler. A cette intrigue d’espionnage s’ajoute la rivalité entre deux modèles, Zoolander et le hippie Hansel (Owen Wilson).Puisant dans le réservoir de l’idiotie contemporaine, source intarissable de situations comiques et de gags, le film peut également se regarder comme une adaptation pirate et déjà parodique du Glamorama de Bret Easton Ellis, avec son univers artificiel, sa culture du vide et ses fashion conspirations. O. P.(Zoolander) Avec Ben Stiller, Owen Wilson, Christine Taylor (1 h 30), sur MYTF1VOD, Canal VOD

2001 / La Revanche d’une blonde de Robert LuketicQu’est-ce que la bêtise ? La comédie américaine a souvent été le véhicule de ce questionnement, mais quasi-exclusivement d’un point de vue masculin. Se demander ce qui est bête pour une femme, c’est l’ambition de La Revanche d’une blonde. Elle Woods (Reese Witherspoon, extraordinaire) est un cliché sur talons hauts de féminité exacerbée : blonde pulpeuse, séductrice, en apparence superficielle et écervelée, collectionneuse d’accessoires rose bonbon, maîtresse d’un chihuahua et girlfriend du plus joli garçon du campus. Le problème est que ce dernier ne la juge pas assez “classe” pour être la future femme du sénateur qu’il ambitionne de devenir après son passage à Harvard et il la largue.A partir de là, Elle (pronom qui embrasse le destin du genre féminin tout entier) va prouver à son petit copain, à elle-même et au monde que son extrême girlyness est une puissance et non pas une faiblesse, et que derrière elle se cache une intelligence qui dépasse celle de la classe dominante qui voudrait l’enfermer dans un cliché. En plus d’être une irrésistible comédie, La Revanche d’un blonde est un grand film politique, féministe et qui, des années avant le mouvement MeToo, dénonce puissamment le harcèlement et le patriarcat dont sont victimes les femmes. B. D.(Legally Blonde) Avec Reese Witherspoon, Luke Wilson, Selma Blair (1 h 36), sur Canal VOD

2003 / Deux en un de Peter et Bobby FarrellyLes deux héros du film, Bob et Walt Tenor (Matt Damon et Greg Kinnear), sont deux freaks : deux frères siamois. Leur gémellité singulière est considérée par tous les autres personnages comme une particularité physique anodine, qui permet aussi au spectateur de se retrouver dans cette incarnation d’un fantasme universel, celui du double parfait. Pourtant, Bob et Walt sont différents. L’un, Bob, est introverti, l’autre, Walt, est extraverti ; Bob se satisfait de leur vie, tandis que Walt, comédien amateur, veut prendre le risque de tenter sa chance à Hollywood. Or, les frères Tenor n’ont pas de famille, ils se la sont constituée, avec d’autres freaks comme eux.Hors de ce petit monde parfait et tendre, comment survivront-ils ? L’aventure des frères Tenor (et donc des frères Farrelly) consistera donc à : 1) faire un, faire tenir dans le cadre deux êtres indissociables et encombrants ; 2) se séparer physiquement mais pas affectivement ; 3) mêler la joie et les peines. Comment coïncider sans fusionner, comment aimer sans trop sacrifier de sa personnalité, comment accepter l’idée que l’alter ego mourra un jour ? Par le rire et les larmes confondus. J.-B. M.(Stuck on You) Avec Matt Damon, Greg Kinnear, Eva Mendes (1 h 58), sur MYTF1VOD, Canal VOD

https://youtu.be/Rc8xRCReG5k

2004 / Lolita malgré moi de Mark WatersLindsay Lohan, alors nubile, joue une jeune fille, éduquée en Afrique, qui découvre à 16 ans les codes de la vie en lycée. Cette hypothèse met à plat toutes les lois du teen movie, observées du point de vue candide du personnage. La réussite de Lolita malgré moi tient surtout à l’implication de l’actrice et scénariste Tina Fey (membre éminente du Saturday Night Live). Au travers de rebondissements inattendus, le film développe avec une belle cohérence une réflexion assez drôle sur l’individu et la société, propre à aller droit au cœur des rousseauistes en culottes courtes. P. B.(Mean Girls) Avec Lindsay Lohan, Rachel McAdams, Tina Fey (1 h 37), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2004 / Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy d’Adam McKayEn France, l’un des pays qui avaient totalement raté la sortie de ce film, l’avènement de YouTube a offert à ce chef-d’œuvre d’humour navrant une seconde vie, permettant aux disciples fraîchement convertis de partager scènes cultes et répliques imparables. Il faut dire qu’avec un tel casting on ne pouvait espérer qu’une monstrueuse surenchère dans la gaudriole. Mais peut-être pas ces moments où l’absurde, voire le surréalisme, dépasse les bornes. JD. B.(Anchorman : The Legend of Ron Burgundy) Avec Will Ferrell, Christina Applegate, Paul Rudd, Steve Carell (1 h 34), sur Canal VOD

2004 / La Vie aquatique de Wes AndersonMiné par la perte d’un de ses coéquipiers dévoré par un mystérieux requin-jaguar, inquiet de l’intérêt déclinant que suscitent ses reportages sur les fonds marins, l’océanographe Steve Zissou entrevoit un salut dans la rencontre d’un jeune homme, Kingsley (le merveilleux Owen Wilson), dont la mère fut sa maîtresse et qu’il pense être son fils. Dès lors, le père et le fils de fortune s’embarquent dans une nouvelle Odyssée à la chasse au requin…Les personnages de Wes Anderson ont le calme un peu éteint, le détachement désabusé des grands rescapés, du coup, l’air qui circule est étrangement pacifié. Avec son faux rythme, sa loufoquerie à plat, ses pastiches de scènes d’action à la Godard années 1960 et son cafard de ballade folk parfaitement ciselée, La Vie aquatique est un film beau et émouvant. J.-M. L.(The Life Aquatic with Steve Zissou) Avec Bill Murray, Anjelica Huston, Owen Wilson, Cate Blanchett, Willem Dafoe (1 h 59), sur MYTF1VOD, Orange, Canal VOD

2004 / Napoleon Dynamite de Jared HessLa légende veut qu’à sa sortie le film ait vidé les salles. Faux : comme dans beaucoup de pays, il est sorti directement en DVD – il a au mieux vidé les salles à manger. Erreur monumentale : c’est au troisième visionnage que ce film à l’humour effrontément horizontal, lent et absurde se révélait dans toute sa splendeur lamentable, porté par des dialogues aussi laconiques que cultes et, surtout, par le corps tout embarrassé de lui-même du génial Jon Heder.Boudeur consternant, dragueur minable, saucisse infinie à la Jarvis Cocker et danseur grandiose, l’Américain, culotté, démarrait sa carrière en s’enlaidissant, en se ridiculisant. Plutôt beau gosse, mais avec cet air nigaud, largué et nullard qu’il incarne à merveille, il rejoindra logiquement ensuite l’aristocratie des comiques navrants (Will Ferrell, Luke Wilson…) pour Les Rois du patin ou se remettra minable pour L’Ecole des dragueurs. JD. B.(Napoleon Dynamite) Avec Jon Heder, Jon Gries, Aaron Ruell, Efren Ramirez, Diedrich Bader (1 h 36), sur Google Play, Microsoft Store, YouTube, iTunes

https://youtu.be/drrar08S9Rs

2004 / Amour et Amnésie de Peter SegalHenry (Adam Sandler) est un vétérinaire vivant à Hawaï, qui tombe un jour amoureux d’une jeune femme (Drew Barrymore, irrésistible) ayant la particularité de n’avoir aucune mémoire à court terme : tous les matins, Lucy oublie ce qu’elle a fait la veille et pense revivre le même jour, celui d’avant l’accident. Pour la séduire, le playboy devra donc déployer des trésors d’inventivité, et de patience. Avec sa bande d’acteurs et de réalisateurs maison, Adam Sandler incarne depuis le milieu des années 1990 un sous-genre de la comédie américaine à lui seul – pas le meilleur, hélas. Souvent synonyme de navet, le Sandler movie est toutefois à son meilleur avec Amour et Amnésie. Sous la direction de Peter Segal (son mercenaire le plus doué), il signe ici un bijou de comédie romantique, comme les noces réussies entre Un jour sans fin d’Harold Ramis, Elle de Blake Edwards et Memento de Christopher Nolan. J. G.(50 First Dates) Avec Adam Sandler, Drew Barrymore, Rob Schneider (1 h 39), sur La Cinetek, Canal VOD, Orange, MYTF1VOD

2005 / Serial Noceurs de David DobkinDésormais, la maison est devenue un temple, protégé par un terrible gardien, maître du logis et père de la mariée. Dans Mon beau-père et moi de Jay Roach, il fallait déjà que Ben Stiller séduise Robert De Niro pour pénétrer dans le cercle familial. Dans Serial Noceurs, c’est au tour de Christopher Walken de jouer au douanier scrupuleux. Entre DeNiro/Stiller et Walken/Wilson, c’est le passage d’une génération d’acteurs à une autre qui s’opère.Cette terrifiante figure du père, c’est aussi le surmoi d’une période du cinéma américain vécue plus que jamais comme un nouvel âge mythique dans son histoire : les années 1970, le Nouvel Hollywood. L’angoisse ultime, c’est donc l’acteur du vieux cinéma moderne (dont De Niro et Walken incarnent à jamais la mémoire), l’icone contre-culturelle seventies métamorphosée en effrayant père Fouettard, qui se refuse à passer le relai à une progéniture qui se vit elle-même comme pas à la hauteur.Désormais, le passage d’une génération ne s’effectue donc pas par une filiation directe ou une aimable transmission, mais par une prise d’assaut de la maison de la mariée. Pour cette génération passionnante de comédiens (Stiller, Wilson), l’alternative est simple : se laisser mourir parce que les pères n’ont rien légué, sinon quelques germes mortifères (La Famille Tenenbaum, La Vie aquatique), ou transformer la maison en lieu d’une sauvage guérilla. P. B.(Wedding Crashers) Avec Owen Wilson, Vince Vaughn, Christopher Walken (1 h 59), indisponible en VOD, édité en DVD par Metropolitan

https://youtu.be/k7wImjtiIX0

2005 / 40 Ans, toujours puceau de Judd ApatowAussi bizarre que cela puisse paraître, 40 Ans, toujours puceau n’est ni spécialement destiné aux adolescents ni véritablement régressif. C’est même, à vrai dire, tout l’inverse. Soit la tentative de trouver la version adulte d’une comédie pour teenagers.Plus qu’un simple personnage, ce “puceau de 40 ans” est d’abord à prendre, dans sa platitude descriptive, comme une hypothèse de scénario. Que se passerait-il si un retardataire sexuel permettait de transposer l’intrigue habituelle des teen movies (comment et avec qui perdre sa virginité ?) chez des trentenaires établis ?C’est le renversant Steve Carell qui porte ici la totalité du film sur ses épaules dans une impressionnante prestation. En situation de constant suicide social, son personnage s’avance sur cette mince ligne, si difficile à tenir pour un comédien, où il s’agit de bien jouer le malaise. A ce niveau de virtuosité, on ne voit que l’autre génie de la gêne, l’immense Peter Sellers dans The Party de Blake Edwards. P. B.(The 40 Year Old Virgin) Avec Steve Carell, Catherine Keener, Paul Rudd, Seth Rogen, Elizabeth Banks (1 h 56), sur FilmoTV, Orange, MYTF1VOD

2007 / En cloque, mode d’emploi de Judd ApatowA la faveur d’un préservatif oublié dans l’inconséquence d’un flirt alcoolisé, Alison (Katherine Heigl) porte l’enfant de Ben (Seth Rogen), ce en quoi personne ne voit une bonne nouvelle. Elle est plutôt bien de sa personne, lui pas plus que ça. Elle est une présentatrice télé en pleine ascension professionnelle, tandis que lui ne cultive que drogues douces et préoccupations légères de boutonneux.D’une hilarante quête du gynéco idéal à la périlleuse entreprise de construire quelque chose ensemble, avec pour seul point commun un enfant en route, l’un et l’autre doivent repenser aussi bien leurs vies futures que la manière dont ils s’envisageaient eux-mêmes au présent, et faire face au douloureux apprentissage des responsabilités de l’âge adulte. Une bouleversante difficulté à exister en dehors de son âge pour ces garçons et filles rattrapé·es par des préoccupations d’un autre âge, quand celui de leurs artères leur dicte des obligations nouvelles.De cette problématique, le film semble faire très grand cas. Toujours au plus près des personnages, presque jamais en surplomb, Apatow observe leur mue contrainte et difficile avec une belle sensibilité, dans une étrange économie de durée des scènes qui permet à la fois l’irruption très agile du gag et l’épanchement d’une inexorable mélancolie. J. Ge.(Knocked Up) Avec Seth Rogen, Katherine Heigl, Paul Rudd (2 h 09), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2007 / Supergrave de Greg MottolaAvec ses lycéens anxieusement désireux d’être dépucelés avant d’entrer en fac, Supergrave est le petit frère hystérique et choral de 40 Ans, toujours puceau, porté par trois acteurs formidables : le petit gros sarcastique (Jonah Hill), le lunaire malingre (Michael Cera) et le premier de la classe binoclard (Christopher Mintz-Plasse). On louera encore une fois le flair d’Apatow (qui produit) pour choisir des corps comiques idéaux.Par son écriture soignée (Seth Rogen et Evan Goldberg) en dessous de la ceinture, Supergrave revivifie le genre de la teen comedy : les rites ados sont méthodiquement dilatés – trouver de l’alcool, danser à une soirée, être confronté à la police, autant de jalons du récit initiatique anamorphosés par l’absurde. Et rappelle que le burlesque est d’abord l’irruption de l’étrangeté d’un corps : les freaks et geeks sont hilarants parce qu’inquiétants. L. S.(Superbad) Avec Jonah Hill, Michael Cera, Seth Rogen, Christopher Mintz-Plasse, Emma Stone (1 h 53), sur UniversCiné, Canal VOD, Orange, MYTF1VOD, FilmoTV

De 2000 à 2020, le top des 52 meilleures comédies US

2007 / Juno de Jason ReitmanJuno commence là où American Pie et Supergrave s’arrêtent : à la scène de dépucelage. Grande affaire des premiers, passade pour tuer l’ennui dans Juno, qui ouvre de fait sur un tout autre programme : la grossesse accidentelle d’une jeune fille de 16 ans (formidable Ellen Page), bien décidée à trouver le couple de parents adoptifs idéal.Le parcours du personnage consistera en un apprentissage à l’envers : non pas vers l’âge adulte et la responsabilisation de soi, mais vers les retrouvailles avec une forme d’insouciance et de jeunesse, que sa précocité avait cru pouvoir mettre de côté. Parce que Juno est d’abord un éloge de l’anticonformisme, un hymne à l’adolescence qui se construit dans les marges, il en trace aussi tous les dangers subtils. E. B.(Juno) Avec Ellen Page, Michael Cera, Jennifer Garner, Jason Bateman (1 h 36), sur FilmoTV, Canal VOD

2007 / A bord du Darjeeling Limited de Wes AndersonTrois frères désunis après la mort de leur père espèrent, à la faveur d’un voyage en Inde, renouer des liens. Les trois frères rencontrent une bande de petits garçons indiens dont l’un se noie dans une rivière. Ils aident les enfants à ramener le corps dans le village. Et là, quoique étrangers, ils participent au rite funéraire qui se déploie avec une douceur sereine inattendue de la part d’un cinéaste aussi juvénile qu’Anderson, qui a vu Le Fleuve de Jean Renoir et son épisode du petit Indien empoisonné.La maturité dont fait preuve le cinéaste dans cette manière harmonieuse d’intégrer cette mort injuste au cycle de la vie témoigne d’une patience nouvelle laissant espérer qu’il est peut-être en train d’abandonner son cinéma rythmé par la vignette pour un cinéma de récit au long cours, la construction d’un grand récit déjà pris dans les méandres du ressouvenir. A. R.(The Darjeeling Limited) Avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman, Anjelica Huston, Bill Murray (1 h 31), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2008 / Tonnerre sous les tropiques de Ben StillerQuatrième long métrage réalisé par Ben Stiller, Tonnerre sous les tropiques est l’une des meilleures comédies jamais faites sur Hollywood. Prétextant le tournage d’un piteux film de guerre sur le Vietnam, l’acteur-réalisateur y jette sa troupe dans une jungle bourrée de pièges et de faux-semblants, où rôdent davantage de dangereux trafiquants que d’honnêtes figurants. Dès l’hilarant prégénérique, composé de fausses bandes-annonces, chaque comédien se voit offrir l’opportunité de briller dans un feu d’artifice référentiel.Quant à l’art stillerien du travestissement et de la transgression spectaculaire, il atteint ici son paroxysme. De cette géniale mascarade ressortent particulièrement trois numéros d’acteurs : Ben Stiller en idiot au carré (Simple Jack), Robert Downey Jr. en bête à Oscar osant le blackface (pour s’en moquer, bien sûr) et Tom Cruise, inoubliable en producteur atrabilaire et fan de rap – un de ses meilleurs rôles, c’est dire le niveau. J. G.(Tropic Thunder) Avec Ben Stiller, Jack Black, Robert Downey Jr. (1 h 47), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2008 / Délire express de David Gordon GreenSi la rencontre entre David Gordon Green à la réalisation, Seth Rogen à l’écriture et Judd Apatow à la production ne produit pas toutes les étincelles attendues, Délire express constitue malgré tout une excellente comédie qui prolonge les thématiques de la bande : nécessité de grandir sans renier sa part adolescente, primat de l’amitié, coolitude West Coast (qui se traduit ici par une ode à la fumette). Le film séduit en outre par sa capacité à dépoussiérer un genre qu’on croyait définitivement ringard : la comédie d’action 80’s (type Flic de Beverly Hills ou 48 Heures).Outre Seth Rogen, en huissier obligé de se déguiser pour remettre des assignations en justice, et James Franco en dealer paumé – comme si leurs personnages de Freaks and Geeks venaient nous donner des nouvelles huit ans après –, c’est surtout Danny McBride qui impressionne, électrisant par ses punchlines agressives et son flow assassin les quelques séquences où il est convoqué. Un bel écrin pour des acteurs alors au début de leurs carrières. J. G.(Pineapple Express) Avec Seth Rogen, James Franco, Gary Cole (1 h 51), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2008 / Sans Sarah, rien ne va ! de Nicholas StollerParti se ressourcer dans un hôtel de luxe à Hawaï après une rupture douloureuse, un jeune musicien sans succès (Jason Segel, Droopy de la bande à Apatow) y retrouve par hasard son ex (Kristen Bell) au bras d’un rockeur bellâtre (Russell Brand)… Premier film de la paire d’écriture Segel-Stoller (avant les non moins réussis American Trip et 5 Ans de réflexion), Sans Sarah, rien ne va ! est une redoutable comédie de remariage où la trivialité la plus débridée (notamment un pénis en full frontal, chose rare dans le cinéma grand public américain) le dispute au romantisme le plus échevelé.S’y déploient un tel plaisir du verbe et de la digression, une telle science des dialogues, une telle générosité pour les seconds rôles (Bill Hader, Jonah Hill, Paul Rudd) que jamais ne domine le sentiment d’être face à un divertissement régressif. Tout le contraire : c’est un film pour grandir, un précis de savoir-vivre en tong, une éducation sentimentale au goût de pop-corn (évidemment salé). J. G.(Forgetting Sarah Marshall) Avec Kristen Bell, Jason Segel, Paul Rudd (1 h 51), sur Orange, Canal VOD, MYTF1VOD

2008 / Super Blonde de Fred WolfAnna Faris, rescapée de la saga Scary Movie pour venir éclabousser de son génie comique quelques films oubliables sans elle (Smiley Face), s’affiche ici comme brillante héritière des Marilyn Monroe (a qui un hommage est rendu) et Reese Witherspoon (mêmes scénaristes que La Revanche d’une blonde). Irrésistiblement drôle, en dépit de quelques faiblesses d’écriture qu’on ne peut lui imputer, sorte de Steve Carell au féminin (sourire béat, regard obstiné, burlesque minimal), elle incarne une Bunny girl orpheline ayant passé toute sa vie d’adulte dans le manoir Playboy, maternée et dorlotée, avant d’en être virée sans préavis à 27 ans, obligée de tout reconstruire ailleurs. Super Blonde devient alors l’histoire d’une double initiation, fille et mère (symboliques) s’apprenant réciproquement à vivre. Qu’on se le dise, la blonditude est un humanisme. J. G.(The House Bunny) Avec Anna Faris, Emma Stone, Colin Hanks (1 h 37), sur Orange, Canal VOD, MYTF1VOD

2008 / Frangins malgré eux d’Adam McKayA ma gauche, un producteur (Judd Apatow) obsédé par le devenir- adolescent des adultes ; à ma droite, un enfant (Will Ferrell) dans un corps de géant déglingué, jamais plus drôle que lorsqu’il est castré ; au centre, un manifeste en faveur de l’immaturité comme art de vivre et, surtout, une comédie extrêmement drôle. Will Ferrell et John C. Reilly y jouent deux quadras refusant de grandir, réfractaires à l’idée de quitter leur vie réglée par les diktats de la PlayStation, mais forcés de cohabiter depuis que leurs parents respectifs se sont remariés et installés sous le même toit. Ils ont 40 ans, toujours puceaux donc, mais aussi pourris gâtés, bornés, inaptes au travail, égoïstes, colériques… Et terriblement attachants.Acculés à grandir, les deux frères séparés finissent par comprendre, lors d’un concert épique, qu’ils ne peuvent s’accomplir que l’un à travers l’autre, en faisant de leur puérilité une force créatrice. Brillant théorème se concluant dans l’hilarité d’une ultime scène au programme simple : si on ne peut tuer l’enfant qui est en nous, tuons directement les enfants. J. G.(Step Brothers) Avec Will Ferrell, John C. Reilly, Mary Steenburgen (1 h 38), sur Netflix, Amazon Prime, FilmoTV, Orange, Canal VOD, MYTF1VOD

2008 / Les Grands Frères de David WainOn y allait pour Paul Rudd, on se retrouve avec Jane Lynch (40 Ans, toujours puceau), Ken Jeong (le sinistre gynéco d’En cloque, mode d’emploi) et Christopher Mintz-Plasse, alias McLovin, le sublime nerd de Supergrave. Soit une distribution de production Judd Apatow pour un film braconnant sur les mêmes terres : ou comment deux VRP en boisson énergétique, immatures forcément, se retrouvent, pour un travail d’intérêt général, à jouer les mentors pour des ados esseulés.Comme petit frère adoptif des productions Apatow, où les héros prennent une leçon de vie sans se renier, le film s’en tire très bien. L’équilibre entre comédie teen, comédie romantique et comédie nerd (l’univers du jeu de rôle grandeur nature où l’on se déguise pour refaire des batailles médiévales à coups d’épées en mousse) est totalement réussi. L. S.(Role Models) Avec Seann William Scott, Paul Rudd, Christopher Mintz-Plasse, Elizabeth Banks, Jane Lynch (1 h 39), sur Canal VOD, MYTF1VOD

2008 / Rien que pour vos cheveux de Dennis DuganOn imagine mal comment le comedy game de 2008 – qui couronnait Judd Apatow et ses mâles blessés – aurait pu prendre au sérieux ce précipité de vulgarité outrancière génialement anachronique, évoquant les comédies d’action les plus grossières des ZAZ (Zucker, Abrahams et Zucker) à travers les déboires d’un ex-super-agent du Mossad émigré à New York pour s’y rêver coiffeur star. Mais si Adam Sandler (qui joue, écrit et produit) y laisse libre cours à ses pitreries les plus grivoises, ce n’est que pour cultiver une bien saine indécence. Et il est difficile de ne pas se prendre d’amour pour Zohan, personnage explosif et captivant, bombe de virilité grotesque et maniérée, aux ambiguités n’ayant guère d’égales que celles d’un Austin Powers. T. R.(You Don’t Mess with the Zohan) Avec Adam Sandler, John Turturro, Emmanuelle Chriqui (1 h 53), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2009 / Very Bad Trip de Todd PhillipsDe Todd Phillips, réalisateur de Road Trip, ersatz d’American Pie, ou de l’adaptation cinéma de Starsky et Hutch, on n’attendait pas grand-chose. Or Very Bad Trip, histoire toute bête d’un enterrement de vie de garçon qui dégénère grave, est vraiment hilarant. Pourquoi ? Parce que son humour repose constamment sur la surprise. Pas la surprise simple, mais la surprise en cascade. En fait, cette comédie a l’originalité d’être construite comme un polar.Trois amis se réveillent, découvrant que leur suite d’hôtel de Las Vegas a été dévastée et que leur quatrième comparse a disparu. Complètement amnésiques de ce qui a pu se passer, ils vont mener une enquête ponctuée de coups de théâtre permanents, qui constituent l’excellente vis comica de cette farce peut-être trop linéaire et classiquement bouclée, mais où l’art de la surenchère est optimal. V. O.(The Hangover) Avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis (1 h 40), sur Netflix, Amazon Prime, FilmoTV, Orange, Canal VOD, MYTF1VOD

2009 / Adventureland – Job d’été à éviter de Greg MottolaAprès l’immense succès de Supergrave (2007, où il mettait son talent au service des souvenirs d’adolescence de Seth Rogen et Evan Goldberg), Greg Mottola a choisi de se replonger dans les siens propres pour écrire ce récit d’apprentissage, sous l’influence de John Hughes.En 1987, à la suite du déclassement social de son père, un jeune homme un peu snob (Jesse Eisenberg) se voit contraint d’accepter un job d’été dans un parc d’attraction minable de Pittsburgh, afin de payer sa prochaine année d’étude. Lieu féérique et néanmoins concret (avec ses contremaîtres et ses combines), le parc est un personnage à part entière. Le fracas du monde y est assourdi ; la menace des adultes, atténuée par le flottement des games et la sensualité des rides.Appuyé par une BO rock parfaite (Lou Reed, Hüsker Dü, Yo La Tengo), Adventureland restitue avec une justesse inouïe la douceur des premiers amours (Kristen Stewart, tout juste starisée par Twilight un an plus tôt, y est merveilleuse) et la cruauté des déceptions amicales. J. G.(Adventureland) Avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Ryan Reynolds (1 h 47), sur Netflix, Orange, Canal VOD et MYTF1VOD

2009 / Funny People de Judd ApatowDans Funny People, grand film flippé et introspectif, Adam Sandler est un comique passé maître dans l’art du stand-up. Parvenu au sommet, que peut-il encore espérer ? Peut-être mourir. Adam Sandler se découvre gravement malade, lutte, puis se redécouvre guéri. Le tragique de la mort et le miracle de la guérison sont débarrassés de leurs effets divinatoires au profit d’une mise à l’épreuve de soi et des autres qui n’est que le masque expérimental du vague à l’âme.Adam Sandler joue très finement l’oscillation entre la veulerie et le dégoût distancié de soi, avec même une réticence obstinément mate qui finit par rendre son personnage – le “funny people” – mystérieux. C’est un élève admiratif joué par Seth Rogen qui, dès lors qu’il se mettra à renvoyer de mieux en mieux les répliques, redonnera vie à son mentor. La bienveillance du maître envers un état encore inachevé, fiévreux et maladroit du génie comique est peut-être l’unique lueur qui irise cette traversée hébétée des déconvenues. Amertume et éclaircie. A. R.Avec Adam Sandler, Seth Rogen, Leslie Mann, Jonah Hill (2 h 26), sur Amazon Prime Video, FilmoTV, Canal VOD, MYTF1VOD

2009 / I Love You Phillip Morris de John Requa et Glenn FicarraPour leur premier film, John Requa et Glenn Ficarra signent un audacieux mélange de comédie, de romance et de mélodrame en trois actes. Le premier tiers du film est une pure comédie, centrée sur le coming-out de Steven Russell (Jim Carrey). Le second tiers (le meilleur) suit Russell en prison où, arrêté pour arnaque aux assurances (“parce qu’être gay, ça coûte cher”), il rencontre le fameux Phillip Morris, codétenu timoré et sensible joué par Ewan McGregor, et en tombe éperdument amoureux – les plus belles scènes du film, lorsque les blagues, toujours brillantes, se doublent d’une romance sincère. Sincère, vraiment ?C’est précisément sur cette question que le film est très fort : comment un homme qui passe son temps à tricher, au visage élastique en perpétuelle reconfiguration, empilement de masques destinés à tromper le monde et la mort, peut-il faire preuve de sincérité ? Ce doute en bandoulière, le film glisse subrepticement, dans sa troisième partie, vers le mélodrame lacrymal et vertigineux. J. G.Avec Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann (1 h 38), sur Canal VOD, MYTF1VOD, UniversCiné

2009 / Bliss de Drew BarrymoreLorsqu’une actrice qu’on suit depuis longtemps fait son premier film, on se demande toujours s’il ressemblera à ce qu’on connaît d’elle. Soit la petite fille d’E.T. (Spielberg), la productrice audacieuse de Donnie Darko (Richard Kelly), l’actrice qui essaie d’adapter son physique de rondouillarde aux canons hollywoodiens.Ici, Drew Barrymore choisit une forme de repli joyeux en tablant sur un mixte d’intrigue adolescente classique et d’esprit rebelle un peu carré (une jeune fille veut échapper à un destin conventionnel), auquel elle offre une dimension foutraque inattendue : la passion pour le sport. Si le cinéma américain a su trouver des exutoires physiques aux adolescents (le skate, la danse, le surf), il n’y avait pas grand-chose jusqu’ici pour leurs alter ego féminins.Drew Barrymore leur offre le roller derby, compétitions de roller sur piste où il s’agit de gagner des points en dépassant ses adversaires, voire en les éjectant. Vitesse, agressivité, jolies tenues (paillettes et shorts), musique à fond, public surexcité, coups et blessures assuré·es : une forme de gloire tapageuse est là, composant la meilleure partie du film. A. R.(Whip It) Avec Ellen Page, Drew Barrymore, Kristen Wiig (1 h 51), sur UniversCiné et Cinéma(s)àlademande

2009 / I Love You, Man de John HamburgBien que Judd Apatow ne soit pour rien dans la conception de l’excellent I Love You, Man, ce dernier lui doit tout. Son réalisateur John Hamburg, formé à la comédie sur l’une des deux éblouissantes séries teen d’Apatow, Les Années campus ; ses acteurs, Paul Rudd et Jason Segel ; sa nonchalance un brin midinette ; et surtout sa thématique récurrente, qu’on pourrait résumer par le slogan suivant : “Bros before hoes”, soit “les potes avant les meufs” (traduction euphémique…).Peter Klaven (Paul Rudd) est ainsi un type galant et doux, assuré en même temps qu’attentionné avec sa future épouse. Le mari parfait. Si parfait cependant qu’il en néglige ses buddies, et qu’au moment de se trouver un témoin de mariage sa liste est désespérément vide… Par un mécanisme de comédie romantique inversé, Peter rencontre enfin l’âme sœur en la personne de Sydney Fife (Jason Segel), un parangon de masculinité cool qui parvient à lui faire goûter les joies de l’amitié virile sans le brusquer. L’une des plus belles déclarations d’amitié vues sur un écran. J. G.Avec Paul Rudd, Jason Segel, Rashida Jones (1 h 45), sur Google Play, YouTube

2010 / Scott Pilgrim d’Edgar WrightGraal geek depuis nombre d’années, la fusion cinéma-BD-jeu vidéo est à l’honneur avec Scott Pilgrim, dans lequel un geek sentimental (Michael Cera) doit tabasser comme dans un beat’em up les sept ex de sa promise pour gagner son cœur. Dans cette quête, deux tendances s’opposent : d’un côté, les accros à la vitesse, travaillant à destructurer le montage, à saboter l’idée même de plan (Tsui Hark, Tony Scott, les Wachowski) ; de l’autre, les amoureux de la stase, célébrant l’image dans toute sa splendeur ornementale et ne s’écartant jamais beaucoup du matériau originel (Frank Miller, Zach Snyder). Lorgnant un temps du côté de la première catégorie, Edgar Wright finit par se ranger dans la seconde à force de connivence avec le comic adapté. Scott Pilgrim demeure une curiosité, ne serait-ce que par ses seconds rôles attachants. J. G.(Scott Pilgrim vs. the World) Avec Michael Cera, Alison Pill, Jason Schwartzman, Aubrey Plaza (1 h 52), sur Netflix, Orange, MYTF1VOD

2010 / Comment savoir de James L. BrooksUne sportive sur le déclin se fait virer de l’équipe nationale de softball. Elle rencontre un joueur de base-ball en pleine ascension et un homme d’affaires en pleine chute. Qui va-t-elle choisir ? Reese Witherspoon joue la sportive chihuahua, Owen Wilson est le sportif idiot supra-égoïste, Paul Rudd est le fils à papa (Jack Nicholson) sur qui le monde s’écroule. Vivacité féminine, blondeur masculine idiote mais vigoureuse, brunitude masculine angoissée mais tendre ne cessent de se frotter les unes aux autres, agitées par une question que le spectateur, au diapason, identifiera en même temps que les personnages : selon quel dosage d’optimisme et de pessimisme doit-on envisager la vie ?Les personnages brooksiens, ce sont des gens qui ne peuvent pas s’empêcher d’être ce qu’ils sont et qui font rire par l’opiniâtreté de leur caractère. Mais ce sont aussi des personnages qui font quelque chose pour ne plus être ce qu’ils ne peuvent s’empêcher d’être, et cet effort d’amendement est aussi émouvant que les premiers pas d’un enfant. Sinon, le film est super-drôle, et on ne vous dira évidemment pas qui sort gagnant, ou plutôt heureux. A. R.(How Do You Know) Avec Reese Witherspoon, Owen Wilson, Paul Rudd, Jack Nicholson (2 h 01), sur Netflix, Orange, Canal VOD, MYTF1VOD

2010 / Greenberg de Noah BaumbachDésœuvré, imbu de lui-même et malheureux, Roger retrouve le monde après un passage en HP, épaulé par quelques âmes ayant la bonté de le supporter – un vieil ami divorcé et la jeune Florence, qui éprouve pour lui une drôle de pitié amoureuse. A l’adage selon lequel on ne peut bâtir un film sur un héros antipathique, Greenberg oppose un effort surhumain de justesse et de précision : l’impeccable vulnérabilité de Ben Stiller, tout imbuvable soit-il, captive. Première de trois collaborations avec Noah Baumbach, le film est cambriolé par une autre rencontre : la déflagration Greta Gerwig, qui impose instantanément son charme gauche dans une sphère indé raffinée où elle sera bientôt amenée à régner. T. R.Avec Ben Stiller, Greta Gerwig, Jennifer Jason Leigh (1 h 47), sur Canal VOD, FilmoTV

2011 / Damsels in Distress de Whit StillmanCollege movie et récit d’apprentissage délicieusement suranné, Damsels in Distress (“damoiselles en détresse”, en anglais châtié) est une curiosité qui emprunte autant à Rohmer qu’à Minnelli, à Jane Austen qu’à Evelyn Waugh, mais ne ressemblant vraiment qu’aux autres films de son auteur, le trop rare Whit Stillman (cinq longs métrages en trente ans, dont Metropolitan et Les Derniers Jours du disco).Porté par la cheffe de bande Greta Gerwig, qui forgeait alors encore sa persona, le film dévoile la vie sur un campus fictif, à une époque indéterminée, à travers les yeux d’une nouvelle venue, la pimpante et faussement naïve Lily (Analeigh Tipton). Par un enchaînement plus ou moins décousu de badinages et de discussions pleines d’esprit sur des sujets a priori futiles, Stillman ouvre ici les portes de son monde, un monde où l’élégance, le raffinement et la frivolité, sans négliger une certaine forme de trivialité, forment un barrage contre l’obscurantisme. Un monde, aussi, où la parole est une danse, et la danse un absolu. Sambola ! J. G.Avec Greta Gerwig, Adam Brody, Analeigh Tipton (1 h 39), sur MYTF1VOD, Canal VOD

2011 / Minuit à Paris de Woody AllenSi nous avions consacré un numéro aux meilleures comédies américaines pour chacune des cinq dernières décennies, nul doute que Woody Allen aurait placé un film à chaque fois. Pour les années 2010, nous avons choisi Minuit à Paris. L’auteur y retrouve sa veine la plus fantasque, celle de La Rose pourpre du Caire ou d’Alice, faite de confettis féériques et vaporisée de merveilleux. Quelque chose de minnellien traverse ce Brigadoon parisien où rêve et réalité se mêlent dans une bataille envapée avant de trouver en toute sagesse un terrain d’entente. J.-M. L.(Midnight in Paris) Avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Léa Seydoux (1 h 36), sur Canal VOD, Arteboutique, UniversCiné, MYTF1VOD

2011 / Mes meilleures amies de Paul FeigOn se demandait quand arriverait la riposte féminine à la déferlante masculine célibataire de l’ère Apatow. Surprise tactique, elle vient en 2011 du clan Apatow lui-même et est réalisée par Paul Feig, l’homme de la série Freaks and Geeks. L’argument est repris des traditionnelles comédies romantiques mais habilement dévoyé : une demoiselle d’honneur se met en quatre pour le mariage de sa meilleure amie, sauf qu’elle est un peu vieille pour la fonction, qu’elle connaît les affres de la jalousie (sa meilleure amie fricote avec une ennemie) et qu’elle est à court d’argent.Chaque tare masculine de la comédie américaine trouve son équivalent féminin : la dingo trash (Melissa McCarthy), la tchatcheuse vanneuse (Maya Rudolph), la coincée qui se décoince (Rose Byrne), etc. Surtout, le film s’émancipe du carcan sociologique pour offrir aux personnages des moments de dinguerie où la virtuosité non-sensique des actrices s’épanouit follement. On retiendra surtout la grâce inventive de Kristen Wiig : elle confirme l’idée que le comique appartient aux femmes un peu mûres beaucoup plus qu’aux jeunes filles. A. R.(Bridesmaids) Avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Maya Rudolph, Rose Byrne (2 h 05), sur Amazon Prime Video, Canal VOD, MYTF1VOD, Orange, FilmoTV

2011 / Super de James GunnDans ce vigilante movie (film de vengeance) empreint de coolitude geek, James Gunn met en scène l’excellent Rainn Wilson (le psychopathe de The Office) dans sa tentative désespérée de reconquérir sa femme, tombée entre les mains d’un dealer fourbe (campé par le toujours parfait Kevin Bacon). L’ensemble est assez mal filmé, amusant par moments (belle complémentarité entre le dadais mélancolique Wilson et la menue Ellen Page, très drôle en sidekick vénère), gênant à d’autres. Et soudain, dans son dernier tiers, le film prend son envol : l’alliage du gore et du rigolo ne va plus de soi, le sang tache pour de vrai et la bouffonnerie se charge d’une violence intolérable. La dernière scène, très ambiguë, achève de ramener le personnage à sa folie, tout comme Don Siegel avait su le faire avec son fameux Inspecteur Harry. J. G.Avec Rainn Wilson, Ellen Page, Kevin Bacon, Liv Tyler (1 h 36), sur Canal VOD

2012 / Tim & Eric’s Billion Dollar Movie de Tim Heidecker, Eric WareheimSi l’on mettait secrètement David Lynch aux commandes d’une chaîne des tréfonds du câble, cela donnerait quelque chose de proche du Tim and Eric Awesome Show, Great Job !, le sketch show auquel Tim Heidecker et Eric Wareheim doivent leur réputation : un train fantôme fait de sitcoms embarrassantes, de télé-achat, de coachs sportifs et de soaps abominables. Mort-né à Sundance 2012, où les réactions très partagées ont tôt fait de le condamner au circuit vidéo, Billion Dollar Movie en est l’avatar de cinéma : un autre mauvais rêve dans les entrailles de l’Americana, symbolisée non plus par la télé mais par un mall imaginaire que le tandem tente de reprendre. Humour extraterrestre, malaise total, génies incompris. T. R.Avec Tim Heidecker, Eric Wareheim, Robert Loggia (1 h 33), sur FilmoTV

https://youtu.be/esfilNg464I

2012 / Ted de Seth MacFarlaneTed est le nom d’un ours en peluche doué de parole qui fait les quatre cents coups avec son buddy John Bennett, archétype de l’ado attardé (Mark Wahlberg). L’écart entre son aspect croquignolet et son comportement bling (alcool, fumette, baise…) constitue la première source de blague, la plus évidente, heureusement pas la seule. Nombreux sont ceux qui s’en seraient contentés, mais Seth MacFarlane déploie ici, sans jamais fléchir, une science du joke writing à faire pâlir la plupart de ses contemporains. Ceux qui connaissent les dessins animés hautement caustiques du réalisateur (Family Guy, American Dad et The Cleveland Show) retrouveront dans Ted ce qui en fait le sel : un débit mitraillette, des connexions tous azimuts à la pop culture, et surtout une irrévérence quasiment sans limite. Personne n’y échappe, et c’est franchement revigorant. J. G.Avec Mark Wahlberg, Mila Kunis, Giovanni Ribisi (1 h 46), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD, FilmoTV

2012 / Frances Ha de Noah BaumbachFrances voudrait devenir danseuse mais elle ne cesse de trébucher depuis que sa BFF et coloc l’a larguée pour s’installer ailleurs. Orpheline jetée dans la ville, elle sillonne les rues de New York sans itinéraire, sans véritable toit, ni loi. Réalisé par Noah Baumbach et coécrit avec sa fantastique interprète, la facétieuse Greta Gerwig, à l’époque étoile montante du cinéma indé US, Frances Ha est d’un charme irrésistible.Plongé dans le tumulte urbain et tout entier galvanisé par le corps-bouclier de son personnage en mutation, Frances Ha est une comédie générationnelle, mélancolique et légère, tournée en noir et blanc dans les décors feutrés d’une intelligentsia branchée new-yorkaise. C’est aussi un vibrant hommage cinéphile : aux pas trépidants de Frances se mêlent ceux de Woody Allen, de la Nouvelle Vague et du cinéma de Leos Carax. M. D.Avec Greta Gerwig, Mickey Sumner, Michael Esper, Adam Driver (1 h 26), sur Canal VOD, FilmoTV, UniversCiné

2012 / 21 Jump Street de Phil Lord et Christopher MillerEst-ce tout un monde ou à peine une nuance qui sépare un ado d’un jeune adulte ? C’est la question que se pose la série culte de la fin des années 1980 et son adaptation cinématographique sortie en 2012. Deux jeunes flics qui se connurent au lycée et que tout oppose (l’un est le gros loser – Jonah Hill –, l’autre est le beau winner – Channing Tatum) se retrouvent dans la même brigade à la mission ressuscitée : infiltrer un lycée pour démanteler un réseau de drogue, autrement dit un retour dans le monde de l’adolescence pour deux jeunes adultes pas si vieux mais plus si jeunes.Si les plus beaux films du retour dans le passé s’accordent avec la lenteur de la mélancolie, celui-ci choisit au contraire de creuser la dinguerie frénétique, d’approfondir jusqu’à l’os la jouissance d’un présent enfin glorieux dont on a été privé dans un passé famélique. C’est à Jonah Hill qu’échoit cette seconde chance, tandis que son copain le beau gosse fait le chemin contraire. Cette trajectoire inverse ne s’accompagne heureusement pas d’une leçon de vie punitive mais du souci de suivre les personnages jusqu’au bout. Car le film ne raconte pas seulement un retour, mais aussi la naissance d’une amitié. A. R.Avec Jonah Hill, Channing Tatum, Ice Cube (1 h 49), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2013 / Ivresse entre amis de Joe SwanbergLe treizième film de Joe Swanberg suit un morceau de la vie de Kate (Olivia Wilde), commerciale pour une fabrique de bière artisanale où travaille également son meilleur ami Luke. Un carré amoureux se forme à la faveur d’un week-end à la campagne en compagnie de leurs amants respectifs. Drinking Buddies tient plus de la rom-com que de la pure comédie : c’est moins le rire qui y importe que l’élégance très pudique du chassé-croisé amoureux. Le récit un rien frustrant de Joe Swanberg se tient volontairement sur la brèche d’un flirt qui n’advient jamais : ses deux personnages principaux sont presque un peu trop adultes pour sombrer totalement dans la bluette toute tracée pour eux. Les amateurs de comédie romantique orgiaque où tout le monde sort avec tout le monde, façon Love Actually, peuvent passer leur chemin. Chez Joe Swanberg, il n’y a rien de plus parfumé, de plus pétillant, de plus exaltant que le possible. T. R.(Drinking Buddies) Avec Olivia Wilde, Jake Johnson, Anna Kendrick (1 h 30), sur MYTF1VOD

2013 / C’est la fin de Seth Rogen et Evan GoldbergLe titre est clair : This Is the End. La fin de quoi ? La fin du monde. C’est aussi, et c’est plus intéressant, la fin d’une époque, décennie dorée pour une génération d’acteurs (et aussi, en l’occurrence, de scénaristes et de réalisateurs) ayant fait leurs armes chez King Apatow, ensemble, et désireux aujourd’hui d’avancer dans leur propre direction. Qui sont-ils ? Seth Rogen, Jay Baruchel, James Franco, Jonah Hill, Danny McBride et Craig Robinson, enfermés dans une maison tandis que brûle la ville au dehors. Six rigolos professionnels – ils jouent leur propre rôle, ou plutôt une version caricaturale d’eux-mêmes –, seuls survivants d’une nuit d’apocalypse où tout ce que L.A. compte de comiques est venu se faire massacrer sous le regard hébété du spectateur, lui aussi convié, du coup, à la petite sauterie.Brillamment dialogué (comme souvent avec le duo Seth Rogen/Evan Goldberg, déjà responsable de Supergrave, Délire express et The Green Hornet), filmé à l’arrache (pour leur première réalisation, ils n’ont pas cherché à faire dans la dentelle), le film est drôle. Très drôle même, à condition d’avoir vu les œuvres précédentes des intéressés, tant tout ici est méta, fondé sur la connivence avec le fan – ce qui peut légitimement agacer.On sent qu’il y a là la volonté (un peu capricieuse) d’effectuer un dernier tour de piste entre copains, de dresser un inventaire avant liquidation, même si rien ne dit que liquidation il y aura. Tout se termine par la devise coutumière de cette confrérie : “I love you, man.” Nous aussi, on vous aime les gars. J. G.(This Is the End) Avec James Franco, Jonah Hill, Seth Rogen, Jay Baruchel, Danny McBride (1 h 47), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD

2016 / Ave, César ! de Joel et Ethan CoenLe film joue finement de la nuance : d’un côté, une critique assez précise des mécanismes hollywoodiens comme bras armé d’un système politique (le cinéma américain classique comme propagande) ; de l’autre, la reconnaissance du cinéma comme organiquement du côté de l’ambivalence, où toutes les intentions peuvent être retournées contre elles-mêmes, tous les discours déplacés, et dont la puissance – artistique, imaginaire – tient à cette aptitude à faire entendre en même temps une chose et son contraire. Un Coen au charme tenace, qui réussit à combiner la satire acide et la nostalgie aimante, sans jamais sacrifier l’une pour l’autre. J.-M. L.(Hail, Caesar!) Avec George Clooney, Channing Tatum, Josh Brolin, Scarlett Johansson (1 h 46), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD, FilmoTV

2016 / Everybody Wants Some de Richard LinklaterConçu comme une suite officieuse à Dazed and Confused (Génération rebelle, 1993), Everybody Wants Some se déroule en 1980 dans une université texane, pendant les quelques jours de stase épicurienne qui précèdent la rentrée des classes. Basé sur les propres souvenirs de Richard Linklater, sans véritable centre de gravité ni drame structurant, le film est une collection de saynètes, le plus souvent comiques, montrant avec une infinie tendresse le quotidien de jeunes sportifs qui ne pensent qu’à baiser – sans que le film ne soit jamais misogyne, du fait d’un permanent contrechamp féminin au regard masculin –, à se chambrer et à se jauger, mais jamais à se juger. Avec lui, Richard Linklater s’affirme un peu plus comme un cinéaste obsédé par le temps, un temps proustien, fait de pointes de présent surgissant des nappes de passé. J. G.Avec Blake Jenner, Tyler Hoechlin, Ryan Guzman (1 h 57), sur Orange, MYTF1VOD, Cinéma(s)àlademande

2016 / The Edge of Seventeen de Kelly Fremon CraigThe Edge of Seventeen suit Nadine, une adolescente de 17 ans dépressive, qui se fait maltraiter à l’école, n’a aucun ami et perd son père qui meurt subitement d’une crise cardiaque. Bref, la vie de Nadine, en plus d’être banale, est triste. Dans ce film, on parle toujours pour dire quelque chose, les âmes passent leur temps à se scruter, à la recherche du moindre petit changement, du moindre tressaillement de la conscience. Apparaît à la surface du film ce qu’on ne s’occupe plus vraiment de filmer au cinéma, du moins avec une telle minutie : le changement aussi imperceptible que crucial d’une conscience, une ombre qui, au détour d’une expérience, se lève sur une âme, et révolutionne le quotidien d’une adolescente ordinaire.Car Nadine finit par acquérir cette sagesse qui signe la fin de la crise d’adolescence : le monde entier ne changera pas pour elle et ne s’acharne pas non plus contre elle. Il lui faut donc éprouver cette joyeuse indifférence du monde à l’égard de ses humeurs, pour enfin prononcer cette simple phrase a autrui, “Passez une excellente journée”. Pour elle aussi, la journée sera bonne. Ce n’est peut-être pas grand-chose, ou c’est alors immense. M. J.Avec Hailee Steinfeld, Haley Lu Richardson, Blake Jenner (1 h 44), sur Orange, MYTF1VOD, UniversCiné, Canal VOD

2017 / Lady Bird de Greta GerwigChristine (Saoirse Ronan) vit avec sa famille à Sacramento, la capitale de la Californie, mais elle rêve d’aller vivre à New York l’année suivante. Premier film en solo de Greta Gerwig, Lady Bird est mené tambour battant. C’est très drôle, mais aussi bouleversant, par touches légères, avec des personnages qui semblent déjà nostalgiques de leur existence présente. Outre la finesse d’écriture et de direction d’acteurs, et au-delà du portrait psychologique et tendre d’une adolescente d’aujourd’hui, il y a aussi en fond une description du paysage sociopolitique américain actuel.Greta Gerwig tire avec sensibilité et sans lourdeur une description très précise de sentiments difficiles à exprimer, prémonitoires, qui préparent les êtres à la plus grande des séparations : la mort de ceux et celles que nous avons aimé·es et qui nous ont aimé·es. C’est peut-être ce qu’on appelle grandir. J.-B. M.Avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts (1 h 34), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD, FilmoTV

2017 / The Big Sick de Michael ShowalterPassé sous les radars en France, The Big Sick n’en est pas moins une pépite de la comédie US indé. Produite par Apatow, cette rom-com à forte teneur autobiographique retrace la rencontre entre Kumail Nanjiani, acteur et stand-upper pakistano-américain (dans son propre rôle), et sa future femme (incarnée par Zoe Kazan). Tiraillé entre le poids des traditions familiales (où le mariage arrangé n’est pas une option) et sa vie de trentenaire urbain, Kumail rencontre Emily, qui vient bouleverser cet équilibre ténu. Jusqu’à ce que la jeune femme, chez qui on dépiste une inquiétante infection pulmonaire, soit mise en coma artificiel. De ce pitch commun, Kumail Nanjiani et Emily V. Gordon tirent une comédie poignante, tout en finesse et drôlerie, qui n’est pas sans rappeler Master of None, la géniale série comique d’Aziz Ansari. L. M.Avec Kumail Nanjiani, Zoe Kazan, Holly Hunter (2 h), sur Amazon Prime Video

2018 / Sorry to Bother You de Boots RileySorry to Bother You, le premier film de Boots Riley, est une farce, mais c’est aussi l’un des films les plus lucides sur la libido du capitalisme. Il se déroule dans un monde qu’on croit d’abord être le nôtre, avant de glisser vers la dystopie, d’abord légère, et finit par sauter à pieds joints dans le cauchemar éveillé.Son réalisateur (également rappeur marxiste au sein de The Coup) y narre l’ascension de Cassius Green, misérable télémarketeur (joué par le superbement ahuri Lakeith Stanfield), qui monte en grade le jour où il comprend comment parler avec une “voix de Blanc” – une voix qui le fait passer au téléphone, lui le mec noir toujours à la masse, pour un vendeur enfin convaincant. Armé d’un humour loufoque et d’un style visuel surréaliste évoquant Michel Gondry ou Spike Jonze, Riley démonte avec humour les rouages de l’exploitation. J. G.Avec Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Jermaine Fowler (1 h 52), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD, FilmoTV

2018 / Game Night de John Francis Daley, Jonathan GoldsteinTel un remake comique de The Game de David Fincher, Game Night met en scène un yuppie arrogant (Kyle Chandler), kidnappé à l’occasion d’une murder party que son frère (Jason Bateman), sa belle-sœur (Rachel McAdams) et un flic flippant (Jesse Plemons, qui emporte le morceau à chaque apparition) vont tenter de sauver.Ses deux réalisateurs, Jonathan Goldstein et John Francis Daley, s’étaient auparavant faits la main comme scénaristes – notamment sur Spider-Man : Homecoming, piratage réussi du film de super-héros par la teen comedy apatowienne –, mais ils prouvent ici qu’ils maîtrisent quasiment tous les registres comiques : de situation, verbal, burlesque, absurde… Effréné sans être frénétique, malin sans être finaud, caustique sans être cynique, Game Night est une mécanique de précision comme on en aura peu vu dans les années 2010. J. G.Avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler (1 h 40), sur Orange, MYTF1VOD, Canal VOD, FilmoTV, UniversCiné

2019 / Dolemite Is My Name de Craig BrewerIcône tardive de la Blaxploitation, Rudy Ray Moore inventa au milieu des 70’s le personnage de Dolemite, proxénète flamboyant composé à partir de récits fragmentaires de clochards. D’abord retranscrites sur 33 tours, ces légendes urbaines du ghetto finirent par être adaptées sur grand écran, par Moore lui-même, dans des parodies fauchées, mélangeant polar, comédie, kung-fu et érotisme.Ecrin pour Eddie Murphy, qui signe là son come-back après une longue éclipse, ce biopic hilarant a été écrit par Scott Alexander and Larry Karaszewski, auteur de trois des meilleurs films du genre : Ed Wood, Man on the Moon et Larry Flynt. Sans atteindre de tels sommets, Dolemite Is My Name s’inscrit dans cette lignée de portraits d’hommes de spectacle ayant intégré sa plus importante règle : la réversibilité. Ce qui est fumeux un jour peut devenir génial le lendemain. A condition de savoir le vendre. Et le rire, en l’occurrence, est une arme de choix. J. G.Avec Eddie Murphy, Keegan-Michael Key, Mike Epps (1 h 58), sur Netflix

2019 / Booksmart d’Olivia WildeFilmer la fin du lycée comme la fin d’un monde, c’est le projet de nombreux coming-of-age movies. On connaît le programme : remise de diplômes, soirée débridée, histoires de cœur et gobelets rouges en pagaille. Tout en suivant ce cahier des charges, Booksmart en dynamite souterrainement les codes et fait souffler sur le territoire hétéronormé de la comédie lycéenne un vent inclusif et féministe revigorant.Amy et Molly, meilleures amies depuis toujours, comprennent au terme de leur lycée qu’elles se sont privées inutilement de toute vie sociale extrascolaire. Si elles sont perçues comme des vieilles filles par les autres lycéen·nes, elles peuvent se targuer d’avoir devant elles un avenir tout tracé. Mais lorsque Molly découvre que même les freaks de son bahut sont accepté·es dans de prestigieuses universités, un monde s’écroule. Et si elles rattrapaient leurs trois années de vie lycéenne rangée en une folle nuit d’excès ? Constellé de trouvailles formelles, Booksmart parvient à déjouer habilement les clichés avilissants qui congestionnent le paysage normatif de la teen comedy américaine. L. M.Avec Kaitlyn Dever, Beanie Feldstein, Jessica Williams (1 h 42), sur Netflix

2019 / Séduis-moi si tu peux ! de Jonathan LevineAvec Séduis-moi si tu peux ! (traduction laborieuse de The Long Shot), Seth Rogen, acteur et producteur, atteint l’équilibre parfait entre ses penchants burlesques, vanneurs et sentimentaux. Mélange entre Vacances romaines de William Wyler et Le Président et Miss Wade de Rob Reiner, le film de Jonathan Levine (cinéaste inégal mais parfois très inspiré) raconte la romance, improbable et forcément explosive, entre un journaliste-crapaud (Seth Rogen, égal à lui-même, c’est-à-dire adorablement insupportable) et une politicienne-princesse (Charlize Theron, très à l’aise en comédie), qui décide de se lancer à l’assaut de la Maison Blanche et a besoin pour ce faire d’une plume. Prévisible dans ses rouages, le film n’en est pas moins remarquablement ouvragé, exempt du moindre relâchement, et pertinent, au passage, dans sa mise en perspective de certains des grands enjeux du moment (féminisme, écologie, indépendance des médias). Assurément une des meilleures rom-coms de la décennie. J. G.(Long Shot) Avec Charlize Theron, Seth Rogen, June Diane Raphael (2 h 05), sur Orange, Canal VOD, FilmoTV, MYTF1VOD, UniversCiné

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