Les diamants resteront-ils éternels ?

  • Par kjhg
C'est une nouvelle découverte exceptionnelle que vient de réaliser le Botswana. Après un diamant de 1098 carats, c'est une nouvelle pierre de 1174 carats qui a été trouvée dans la mine Karowe. C'est le troisième plus gros diamant brut au monde. La pierre a été découverte par la compagnie canadienne Lucara Diamond. La pierre précieuse n’a pas encore été évaluée. Mais le deuxième plus gros diamant du monde, découvert lui aussi au Botswana, pesait quasi le même poids. Il avait alors été estimé à 53 millions de dollars. Ce diamant «apporte de l'espoir à une nation en difficulté», ont déclaré les autorités du pays. Avec la crise du Covid, le marché du diamant naturel a énormément souffert. Sans compter la dynamique du marché du diamant de synthèse.
Par souci écologique et éthique, le danois Pandora a décidé d’arrêter la vente de bijoux fabriqués avec des diamants naturels. Le spécialiste mondial du bijou fantaisie souhaite se tourner vers des pierres synthétiques. Certes, sur 85 millions de bijoux fabriqués, Pandora n’a produit qu’environ 50.000 pièces utilisant des diamants extraits des mines. Mais sa décision entre dans un mouvement plus important d’une nouvelle stratégie visant à garantir la neutralité carbone de ses activités d’ici à quatre ans. Et de conquérir de nouveaux consommateurs : des milléniaux que cherchent à séduire toutes les marques.

De l'industrie à la joaillerie

Les premiers diamants de laboratoire datent de 1954, grâce au chimiste et physicien américain Tracy Hall. Ce salarié de General Electric invente une machine qui reproduit artificiellement les conditions dans lesquelles naissent les diamants. Un peu de graphite, un coup de chaud, une pression énorme, et les pierres sont là : pas tout à fait des pièces de joaillerie, mais de petits cristaux synthétiques adaptés aux applications industrielles comme les outils de coupe, les têtes de forage, les coiffes de missiles ou les scalpels.
Cette technologie est tout à fait adaptée pour les petits carats. Mais pour les autres, la méthode CVD (Chemical vapor deposition) a depuis fait ses preuves. Cette dernière consiste à faire croître le diamant par dépôt de couches successives à partir d’un plasma. Elle permet de fabriquer des diamants indissociables à l'œil nu des diamants naturels.
C’est dans les années 1990 que le diamant de synthèse, en qualité-gemme, donc utilisable en bijouterie/joaillerie, s'est développé véritablement. Et ce n’est qu’à la fin des années 2010 que ces pierres de synthèses sont devenues un véritable enjeu sur le marché diamantaire.
6 à 7 millions de carats de diamants de synthèse auraient été produits en 2020, selon le consultant Bain&Company. Ils viennent majoritairement de Chine et d’Inde. Mais pas encore de quoi affoler le marché des diamants naturels, estimé pour sa part à 111 millions de carats en 2020. Ceux-ci sont extraits chaque année des mines russes, sud-africaines, canadiennes ou australiennes.
Côté qualité, les diamants de synthèse ont les mêmes propriétés chimiques, physiques et optiques que leurs mythiques ancêtres. Il suffit de trois semaines à deux mois pour les fabriquer en série, en fonction de la taille et de la qualité recherchées.

La qualité façon 4 C

Désormais, la qualité des diamants naturels comme celle des pierres artificielles est évaluée suivant les 4C : Color (la couleur), Clarity (la pureté), Cut (la taille) et Carat (le poids). C comme Color. Signe de pureté et de rareté, plus un diamant est incolore, plus il est de bonne qualité. L'échelle internationale des couleurs du diamant blanc comprend 23 nuances classées de D à Z. Un diamant ayant une teinte parfaitement incolore est classé dans la catégorie D. Par contre, le diamant ayant une haute nuance de gris, de brun ou de jaune fera partie de la classe Z. Cependant seuls les gemmologues et experts des laboratoires certifiant les diamants sont à même d'apprécier les nuances de teinte subtiles qui existent d'une lettre à l'autre.
C comme Clarity. On qualifie un diamant de «pur» lorsqu’il est dépourvu d’imperfections, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la pierre précieuse. Seul un professionnel peut déceler un diamant pur ou non grâce à une loupe suffisamment grossissante ou à l’aide d’une binoculaire, il s’agit d’un microscope spécial servant aux gemmologues à analyser les gemmes. Avec ces matériels, il est possible de connaître l’endroit exact où se place une éventuelle inclusion et analyser ainsi sa forme, sa couleur et sa grosseur. Le diamant dispose de plusieurs grades selon sa pureté. FL (Flawless) ou Parfaitement Pur, l’IF (Internally Flawless) ou pureté interne parfaite sont les grades les plus élevés, que l’on décerne aux diamants de la plus haute qualité.
C comme Cut. C'est la qualité de la taille du diamant (quelle que soit sa forme) qui va maximiser la brillance de celui-ci. C'est le seul des 4 critères d'évaluation du diamant qui dépend du travail de l'homme. En effet, une mauvaise taille peut ou bien générer trop de pertes de diamant brut ou bien ne pas exploiter au mieux la brillance de celui-ci. Le schéma ci-dessous résume bien ce qu'est un diamant rond bien taillé et l'importance de ces proportions pour une brillance maximale de celui-ci, le chemin de la lumière dépend directement de la qualité de sa taille.
C comme Carat. Le carat est l'unité de mesure du poids d'un diamant. Un carat équivaut à 0,2 gramme. Ce critère de classification des diamants est le plus facile à appréhender puisqu'il dépend des dimensions de la pierre. Les diamants plus gros se trouvent beaucoup moins fréquemment. Ainsi, par exemple, un diamant de 1 carat coûtera plus du double de celui d'un diamant de 0,50 carat (en supposant que la couleur, la clarté et la taille restent constantes).
57 facettes, la taille idéale. Et finalement, la qualité d'un diamant dépend de ses proportions : sa hauteur et son diamètre. Un diamant bien taillé, avec de bonnes proportions, réfléchira la lumière d’une facette à une autre - comme un miroir - et la dispersera, la reflétera par le dessus du diamant (appelé aussi la table). En 1919, Marcel Tolkowsky, ingénieur de formation et membre d'une famille belge de tailleurs de diamants, publie les proportions idéales d’un diamant rond. Selon ses calculs, la coupe idéale se compose de 57 facettes : 33 facettes sont sur la couronne ou au-dessus de la ceinture du diamant et les 24 autres sont situées sur la culasse (la partie cachée du diamant taillée).

Le diamant peut-il être éthique et écologique ?

Moins chers et quasi indissociables à l'œil nu, les diamants synthétiques bousculent la joaillerie. Entre argument éthiques et écologiques, la bataille est lancée. Les arguments «éthiques», les producteurs de diamants naturels les réfutent avec la mise en place du processus de Kimberley. Il s’agit d’un système de certification qui, depuis 2003 sous l’égide des Nations unies, permet la traçabilité des pierres brutes. À ce jour, 81 pays l'ont adopté. Cela signifie que 2 700 entreprises et 350 000 personnes liées à l'industrie diamantaire appliquent des règles communes en termes d'éthique et d'exigences sociales et environnementales. À charge pour ces entreprises de séduire les nouvelles générations.
Outre l’argument éthique, celui autour de l’environnement est également au cœur des débats et les deux camps se livrent à une bataille de chiffres et de faits difficiles à vérifier. D'un côté, il faut extraire une tonne de minerai pour obtenir 1 carat ; de l'autre, pour fabriquer un diamant il faut chauffer des réacteurs à 5.500 °C pendant trois à quatre semaines puis utiliser beaucoup d’eau pour refroidir les systèmes. Selon une étude commandée en 2019 au Britannique Trucost, agence spécialisée dans l’environnement, un carat naturel taillé représente en moyenne 160 kilos de dioxyde de carbone émis, contre 511 pour un carat synthétique taillé.

Des prix imbattables

Plus éthique certes, mais pas plus écologique, car très gourmand en énergie, le diamant artificiel attire. Surtout parmi la jeune génération, séduite par des prix imbattables : de 30 à 40% moins cher qu’un diamant naturel.Reste à savoir où les diamants de synthèse trouveront leur place dans le paysage joaillier. La taille des diamants de synthèse ne peut pas rivaliser avec les gemmes naturelles : le plus gros diamant de synthèse pèse 9 carats et a été vendu 450 000 euros. Loin du record du Golden Jubilee, plus gros diamant taillé du monde : il pèse 545,67 carats et appartient au roi Rama IX de Thaïlande. Mais entre la rareté de l’un et la production sans limite de l’autre, quel diamant restera le préféré des femmes ?

Les diamants resteront-ils éternels ?

  • Mots clés: