Les émissions de soufre repartent à la hausse

  • Par kjhg

Après une baisse spectaculaire de la concentration globale de dioxyde de soufre (SO2) dans l'atmosphère au cours de la décennie 90, cette pollution est repartie à la hausse. Il s'agit d'un véritable enjeu de santé publique qui a des impacts écologiques (pluies acides) et climatiques (refroidissement). À partir de 2000 et jusqu'en 2005 (dernière année où l'on dispose de données), les émissions n'ont cessé d'augmenter. En cause, «la croissance chinoise et le développement du trafic maritime», expliquent les auteurs d'une étude publiée dans le dernier numéro de la revue Atmospheric Chemistry and Physics. À l'instar de ce qu'ont connu certains pays européens au cours de la première moitié du XXe siècle, le SO2 affecte aujourd'hui les grands pays émergents.

«Les émissions ont considérablement augmenté entre 1850 et 1960», rappelle l'étude comme en témoigne le célèbre «smog» londonien. En décembre 1957, la capitale anglaise connaît un épisode dramatique. Un épais brouillard tombe sur la ville durant cinq jours, provoquant la mort de 4 000 personnes. Dans l'année qui suit, la Grande-Bretagne met en route son premier programme de lutte contre la pollution atmosphérique (Clean air act). Une orientation suivie par une grande partie des pays occidentaux, notamment les États-Unis, qui conduit dans un premier temps à une stabilisation des émissions, au cours des années 1960, avant qu'elles ne baissent trente ans plus tard. La désulfuration des produits pétroliers, notamment du gazole, fut l'un des principaux facteurs d'amélioration avec la réduction de l'usage du charbon.

Record de pollution à Pékin

Aujourd'hui, la Chine connaît une formidable croissance basée sur des industries très polluantes, une explosion du trafic automobile et le développement des centrales à charbon. Elle subit donc les mêmes déboires que les pays occidentaux au siècle dernier. Lundi dernier, la pollution de l'air a battu tous ses records à Pékin, atteignant le niveau 5, soit le maximum de l'échelle de mesure. Dans certaines zones de la ville, la visibilité ne dépassait pas 200 mètres!

Les émissions de soufre repartent à la hausse

Les chercheurs estiment aujourd'hui à 300.000 le nombre annuel de décès par crise cardiaque ou cancer du poumon liés à la seule pollution de l'air. «En 2005, la part mondiale des émissions de soufre attribuée à la Chine était de 28%. Elle n'était que de 2% en 1950», précise encore l'étude.

Les émissions en provenance du trafic maritime représenteraient quant à elles 10% du total en raison notamment d'une utilisation d'un carburant de médiocre qualité par rapport aux autres modes de transport.

Outre l'aspect sanitaire désastreux de cette pollution qui a la particularité de se concentrer dans les zones d'émissions (le dioxyde de soufre ne se déplace pas beaucoup), le SO2 a des conséquences climatiques non négligeables. Il agit en effet comme un facteur de refroidissement de l'atmosphère en bloquant les rayons du soleil. Au point de biaiser les courbes de températures mondiales? «Cela reste un objet de débat dans la communauté scientifique», souligne le climatologue et membre de l'Académie des sciences, Hervé Le Treut. Pour autant, les données correspondent.

«Dans les années 1945, les températures étaient très chaudes avant de se refroidir ensuite jusque dans les années 1960. À partir de là, elles ont recommencé à augmenter», explique le scientifique. Ce qui est cohérent avec les émissions de soufre et le fait que celui-ci ne se stocke pas très longtemps dans l'atmosphère, beaucoup moins longtemps en tout cas que le CO2 (dioxyde de carbone). Au bout d'un moment, ce dernier reprend le dessus avec son effet réchauffant.

Cette nouvelle augmentation du SO2 pourrait toutefois ne pas durer. La Chine, à son tour, a entrepris de réduire ses émissions. Car selon la Banque mondiale, les coûts de santé liés à la pollution de l'air représenteraient jusqu'à 3,8% de son PIB. De leur côté, les compagnies maritimes sous l'égide de l'OMI (Organisation maritime internationale) se sont engagées à considérablement réduire leurs émissions dans les années à venir.

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