Au pays de la contrefaçon, les articles de luxe sont rois

  • Par kjhg
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Jiang Bo, expert en repérage de contrefaçons. Pékin, novembre 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Une petite loupe rivée sur l’œil, Jiang Bo examine un jonc serti de diamants. En fin connaisseur, il repère la faille autour des pierres précieuses.

La courbe de la bague, souligne-t-il, devrait être plus prononcée à cet endroit.

L’expérience, Jiang Bo l’a d’abord acquise lorsqu’il était prêteur sur gages, puis auprès d’autres évaluateurs d’objets de luxe. Repérer des bijoux contrefaits, c'est sa spécialité.

Et ce savoir, il le partage maintenant dans le cadre des cours qu'il donne au Centre de l’authentification des produits de luxe de l’Association chinoise du commerce en ligne, supervisée par le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information.

En Chine, jusqu'à 70 % des sacs ou encore des bijoux griffés achetés sur Internet sont contrefaits. Ce n'est guère mieux en magasin, où 60 % des articles de luxe sont des imitations. C'est donc dire que la tâche qui attend ses élèves ne fait que commencer.

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Des cours pour apprendre à reconnaître les contrefaçons dans les produits de luxe. Pékin, novembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Enzo Cai-qianyi

En ce samedi de novembre, une dizaine d’élèves sont réunis dans l'arrière-boutique d'un commerce de Pékin pour étudier des bijoux que leur présente Jiang Bo à l’aide d’un projecteur et du manuel qu'il a rédigé.

Zheng Xiaohu est venue suivre le cours, car elle compte se lancer dans la vente d’objets de luxe d’occasion.

« Il y a de l’engouement pour la dernière mode en Chine, on achète toujours les derniers produits, dit-elle. Donc, il faut des canaux pour distribuer les anciens achats, les anciens produits tout en faisant de l’argent. Je pense qu’il y a un vrai potentiel ».

Au pays de la contrefaçon, les articles de luxe sont rois

Zheng Xiaohu avoue cependant, un peu nerveusement, avoir déjà acheté des articles sans avoir pu distinguer les contrefaçons. L'expérience de Jiang Bo est donc la bienvenue.

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Zheng Xiaohu, Pékin, novembre 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Un rapport au luxe particulier en Chine

En Chine, s’afficher, c'est important.

Le rapport au luxe est un rapport de marquage extrêmement étroit en Chine, soutient le sociologue Jean-Louis Rocca, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la classe moyenne chinoise.

« On veut montrer son statut par rapport à la façon dont on va s’habiller, alors la marque est évidemment un élément fondamental, explique le chercheur, rencontré dans un café de Pékin. Les Chinois sont persuadés, par exemple, que n’importe qui ayant atteint un certain niveau d’éducation, de culture et d’argent achète un sac Vuitton. »

Le sociologue précise que les Chinois manquent de repères, car la société est rapidement devenue une société de consommation, en une vingtaine d'années.

« [C'était] une société où on ne pouvait guère consommer parce qu’on n’avait pas d’argent et parce qu’il y avait peu de produits au début des années 90 », rappelle-t-il.

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Le sociologue et sinologue Jean-Louis Rocca, professeur à Sciences Po, Paris. Pékin, 4 décembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« Et cette explosion nécessite des repères, c’est-à-dire, quand on a des sommes d’argent, il faut savoir ce que l’on va acheter. Or, poursuit-il, toute une mythologie de la consommation s’est constituée peu à peu, les produits de luxe sont devenus un peu la référence [...] On a commencé à se dire que la consommation, c’est aussi une question de représentation. »

Guo Yingnan, une autre élève de Jiang Bo, est l'illustration de ce que l’on voit beaucoup maintenant dans les rues du pays.

Tout ce qu’elle porte sur elle aujourd’hui, ce ne sont que des grandes marques, que ce soit ses boucles d’oreilles, son manteau, son chandail ou encore son sac.

« J’adore le luxe! Dans mon entourage, le luxe est partout », lance la jeune diplômée en finances.

La contrefaçon domine le marché

Le marché du luxe en Chine se chiffre annuellement à 700 milliards de yuans, soit environ 135 milliards de dollars canadiens, selon Peng Lei, secrétaire général du Centre de l’authentification.

Or, seulement 3 % des produits de luxe sont achetés dans des boutiques officielles de grandes marques qui peuvent garantir leur authenticité.

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Boutique qui vend des produits de luxe de seconde main. Pékin, novembre 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Une bonne partie de ces achats sont effectués sur Internet, ou par des agents envoyés à l’étranger, ou dans des boutiques d’occasion qui pullulent au pays.

Et il y a un fort roulement. De 100 à 150 millions d’articles de luxe changent environ six fois de main en une seule année.

Pourtant, en 2015, le gouvernement chinois avait annoncé qu’il renforçait les contrôles des transactions en ligne afin d’éradiquer les produits contrefaits en trois ans, soit pour 2018.

Pékin compte maintenant revenir à la charge, dès janvier 2019, avec une loi pour forcer les géants du commerce en ligne comme Alibaba à retirer les imitations et autres produits douteux de leurs sites.

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Peng Lei, secrétaire-général du centre de l'authentification des produits de luxe en Chine. Pékin, novembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Peng Lei explique que, face aux statistiques « choquantes » sur la contrefaçon, il fallait réagir en créant une institution pour former des experts.

Il assure par ailleurs que les autorités prennent toutes les mesures nécessaires pour combattre le vol de la propriété intellectuelle.

Il faut dire que depuis son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, la Chine est priée d’assurer une meilleure protection de la propriété intellectuelle dans bien des domaines.

Anyck Béraud est correspondante de Radio-Canada en Asie

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