CES 2022 : qui est Ludivine Romary, lauréate du prix de l'innovation avec son bijou connecté MyEli ?

  • Par kjhg

A peine cheffe d'entreprise et déjà auréolée. Test PCR négatif en poche, après un nouvel an « très tranquille avec des amis », Ludivine Romary a traversé l'Atlantique et atterri à Las Vegas pour participer au CES 2022, grand-messe annuelle de la tech qui se tient à l'aube de chaque nouvelle année. La jeune femme de 26 ans va récupérer en mains propres son « Award 2022 de l'innovation » remis pour son bijou de « défense connectée » créé par sa start-up MyEli.CES 2022 : qui est Ludivine Romary, lauréate du prix de l'innovation avec son bijou connecté MyEli ? CES 2022 : qui est Ludivine Romary, lauréate du prix de l'innovation avec son bijou connecté MyEli ?

Un peu avant son départ, elle nous a donné rendez-vous dans un café bordelais, pull en maille bleu ciel sur les épaules et bracelet doré MyEli au poignet. A le regarder de plus près, on dirait effectivement plus un joyau discret et élégant qu'un outil technologique et innovant. Imaginé dans le cadre d'un projet de fin d'études en 2018, le projet MyEli s'est concrétisé le 18 novembre dernier sur le site e-commerce éponyme. Disponible couleur or ou argent, en version féminine ou masculine, doté d'un bouton noir en silicone, à 95 euros l'unité, il a pour vocation « d'alerter, de rassurer et de sécuriser » en cas de danger.

A portée de clic

Entre deux gorgées de son expresso, elle nous montre comment ça marche. Lorsqu'on clique une fois, on active une alerte sur son propre téléphone via l'application du même nom. Un « sms » préenregistré s'envoie alors à ses « contacts de secours » accompagné de sa position GPS. Dans la foulée, un coup de téléphone automatique double l'appel à l'aide. Quelle que soit la forme, le message reçu de type « je suis à tel endroit, je suis en danger, aide-moi » est sans ambiguïtés.

Selon les préférences des utilisateurs, il est possible d'ajouter une alarme sonore sur son propre téléphone dans l'optique de « repousser l'agresseur ou prévenir les gens autour », justifie la fondatrice de MyEli, qui met rapidement le son sur pause pour ne pas gêner les autres tables. Il y a également une option d'enregistrement d'un audio pour préciser les circonstances.

Et si, au contraire, tout se passe bien, un double clic suffit pour envoyer « je suis bien rentré, tout va bien ».

Un objet « non anxiogène » mais « rassurant »

Avec son bracelet électronique « non anxiogène » parce que passe-partout (et joli), Ludivine Romary veut répondre à « plusieurs problématiques sociétales comme le harcèlement de rue ou les violences conjugales ». Mais aussi à toutes sortes de vulnérabilités, par exemple celle des personnes âgées, après une chute. Selon elle, cet aspect Tech For Good a pesé dans le choix du jury pour lui attribuer un des Award Innovation 2022 face aux 1.800 autres candidatures.

L'idée de MyEli lui est venue en plein #Metoo, plus de trois ans en arrière, alors qu'elle devait avec trois camarades de son master en marketing réfléchir à un projet entrepreneurial. Elles sont quatre filles et elles en ont marre de devoir rassurer leurs proches après les (nombreuses) soirées organisées par leur école de commerce.

« Tout peut s'arrêter d'un coup »

CES 2022 : qui est Ludivine Romary, lauréate du prix de l'innovation avec son bijou connecté MyEli ?

La même année, l'étudiante qu'elle était alors est coincée dans son appartement bordelais alors qu'un incendie se déclare dans l'immeuble. « Je me suis rendu compte qu'on était tous et toutes vulnérables tout le temps, partout… Que la vie pouvait aller bien, puis s'arrêter d'un coup. Aujourd'hui, je pense que ça a joué dans mon envie de créer MyEli. »

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L'aventure entrepreneuriale collective dure huit mois après leur diplôme. Mais l'engouement ne suffit pas, l'initiative scolaire stagne à l'état de projet. Le quatuor se sépare, sans heurts, au gré des trajectoires, des carrières et des ambitions de chacune. A cette période, Ludivine Romary vit à Londres, a un job dans la communication événementielle, mais qui « ne la fait pas vibrer ».

Survient alors la pandémie de Covid-19, le chômage partiel et la fin de son contrat. Pendant l'été 2020, elle rentre en France, retourne à Bordeaux où elle a suivi son master après un BTS commerce international à Poitiers. Et reprend le projet. « ​J'avais envie de créer quelque chose d'utile. Je me suis dit : c'est le moment, il faut se lancer ! »

« J'avais quelques phrases, rien de technique »

Et puis tout va très vite. En octobre 2020, elle intègre l'incubateur Bordeaux Technowest, un des plus gros de la région. Recrute dans le même temps, sur une plateforme de free-lances, Fabien Blancafort, un ingénieur électronique qui deviendra cofondateur.

En janvier 2021 elle fait appel au CATIE, un centre de recherches technologiques aquitain. « Je leur ai dit : je veux que dans un an on commercialise un vrai bijou qui a l'apparence d'un bijou, mais qui en fait permette -en un clic- de protéger celui ou celle qui le porte. Voilà pour le cahier des charges : seulement des mots-clés, aucun détail technique. Pourtant un an après, nous voilà ! »

Un vrai conte de fées pour entrepreneurs. Pourtant, « ce n'était pas un rêve de petite fille d'entreprendre, mais ça a donné du sens à mes études et à mes journées », confie cette fille de parents tous les deux salariés. Son père, toujours installé près de Toulon (région dont elle est originaire), travaille en tant qu'ingénieur qualité chez Atos.

Sa mère, elle, est assistante de direction dans une PME, et vit à La Rochelle où ses filles l'ont suivie. Après Las Vegas, Ludivine Romary y retournera pour l'épauler le temps d'une opération médicale. Elle retrouvera sa petite soeur de 15 ans, premier cobaye de MyEli. « C'est aussi pour elle que je le fais. Elle a l'âge des premières fois, des premières sorties, des premières soirées (rires). »

RSA et première levée de fonds

Sa famille peut compter sur le soutien de la startuppeuse et vice-versa, en particulier côté finance. « Ce n'est pas simple mais je le savais dès le début et puis je sais pourquoi je le fais. C'est tellement enrichissant ! » En attendant de se verser un salaire, la vingtenaire vit grâce au revenu de solidarité active (RSA) , aux aides pour le logement (APL) et à son peu d'indemnité chômage accumulée lors de ses deux alternances : un an à la Cité du vin et un autre aux Girondins de Bordeaux. Deux anciens dirigeants du club de football sont d'ailleurs aujourd'hui au capital de MyEli.

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C'est pour son réseau largement développé au niveau local, conjugué au label « capitale French Tech » décerné à Bordeaux depuis 2019, et la proximité avec sa famille, que Ludivine Romary a décidé de lancer sa boîte dans la capitale girondine.

Très attachée à la valorisation des savoir-faire français, elle sous-traite la fabrication de ses bijoux dans le sud de l'Hexagone : en Ardèche pour la partie joaillerie et pour la tech, à Pessac, en Gironde, et même le packaging vient d'une entreprise basée à Carcassonne.

« Mais en changeant d'échelle, ça ne va pas être simple de tenir. On sera obligés d'aller voir ailleurs. On ne peut pas nous demander d'être une solution innovante, de créer de l'emploi et d'être rentable ! » lâche sans détour la jeune CEO, benjamine de la délégation Nouvelle Aquitaine au CES mais déjà très impliquée dans l'écosystème. C'est la seule fois de notre entretien où le ton de sa voix s'emporte un peu.

Cheval, Netflix et douce solitude

En fait, Ludivine Romary ne semble jamais s'arrêter… Elle assume « bosser énormément, plus de 70 heures par semaine, voire les week-ends » pour sa jeune entreprise, qui compte déjà deux employés à temps plein. Active sur les réseaux sociaux, la jeune pousse reçoit une majorité de demandes les samedis et dimanches. « Même si je me fais engueuler par mes proches et mes investisseurs, c'est très dur pour moi de déconnecter… »

Pour s'aérer la tête, Ludivine Romary monte à cheval. Sa première passion. Elle trouve même le temps de faire des concours. « Ça m'a trop manqué à Londres. Et c'est le seul moment où j'arrive à ne pas penser à la boîte », déclare-t-elle, la mine soudain éclairée par une autre lueur.

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Quand ce ne sont pas les chevaux, elle aime la compagnie de ses amis, particulièrement celles et ceux entrepreneurs comme elle. Mais, Ludivine Romary avoue, dans un sourire, surtout apprécier se retrouver seule chez elle pour une soirée « petite série Netflix et au lit. Rien de fou… (rires) ».

Visibilité et internationalisation

Depuis le crowdfunding lancé l'été dernier, plus de 800 bijoux ont été vendus sur le site de la start-up et un premier point de vente situé à Bordeaux. Très discrète sur les chiffres, Ludivine Romary évoque seulement une première levée de fonds fonds prévue d'ici la fin du trimestre. Un apport en capital nécessaire pour internationaliser la solution, déjà compatible avec les réseaux télécoms au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et partout en Europe.

Pour le moment, à Las Vegas, Ludivine Romary sait ce qu'elle va chercher (en plus de sa récompense) : de la visibilité. « Quand on gagne un Award on est exposé dans le Hall du CES pendant deux ans, c'est énorme ! »

Repères

Nom et Prénom : Ludivine Romary

Age : 26 ans

Etudes : BTS commerce international à Poitiers et master à l'Inseec Bordeaux

Profession : Cheffe d'entreprise

Nationalité : Française

Lieu de travail : Bordeaux

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