Afrique : quelques histoires à lire

  • Par kjhg

Il ne s’agit point pour nous de faire la liste des best-sellers et de les proposer à la lecture en cette fin d’année. L’idée est juste de partager des coups de cœur sur des histoires qui nous ont paru signifiantes dans l’approche et la connaissance de l’Afrique. De la mode aux polars en passant par l’art culinaire et la photo, c’est un cheminement riche qui vous est proposé. Bonne lecture !

- Album : Swinging Africa, le continent mode

Swinging Africa est le titre du livre de la journaliste Emmanuelle Courrèges. Cet ouvrage est un clin d’œil au swinging London, cette période où Londres était l’épicentre de la mode et du style, dans les années soixante. Cette effervescence créatrice, éprise de liberté, on la retrouve aujourd’hui sur la scène créative africaine, notamment à travers la jeune génération de créateurs de mode, de photographes, de stylistes et d’influenceurs qui font émerger des esthétiques propres au continent. Bien sûr, il ne s’agit pas d’écrire « une histoire de la mode africaine, prévient Emmanuelle Courrèges. Cet ouvrage se veut une photographie, un éclairage, pour raconter une génération d’artistes qui, à bien des égards, révolutionne la perception que le monde a du continent africain ».

Un ouvrage qui bouscule bien des idées reçues

L’autrice bouscule les présupposés que l’on se fait de la mode africaine et écarte les images d’Épinal dans lesquelles beaucoup se plaisent à la maintenir. Elle rappelle ainsi que les tenues Dashiki, créées par Vlisco en 1963, « sont davantage l’apanage des grands rassemblements communautaires au sein de la diaspora (qui ont fait sa notoriété) qu’un style communément porté sur le continent ». Loin des images préconçues, l’Afrique défile.

Sur les podiums des Fashion Weeks, Dakar, Lagos ou Johannesburg pour citer les plus importantes, les créateurs font découvrir leurs collections au continent mais aussi au monde. Un pays attire tous les regards : le Nigeria, qui s’affiche en locomotive du continent. En matière de mode, Lagos est devenue la capitale de l’Afrique.

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Un cheminement enchanteur

Pour écrire Swinging Africa, le continent mode, Emmanuelle Courrèges s’appuie sur une très belle et riche iconographie. Celle-ci procure un vrai plaisir lorsqu’on feuillette l’ouvrage à la découverte d’une tenue, d’un accessoire ou d’un tissu. La qualité des clichés pris lors de défilés ainsi que les photographies de mode réalisées par de talentueux professionnels met en valeur la créativité des stylistes. Au fil des pages, on découvre des créateurs comme Chris Seydou et Nkwo Onwuka, Imane Ayissi aussi, qui s’appuie sur l’artisanat local et contribue ainsi à préserver un patrimoine et un savoir-faire. Difficile de ne pas être impressionné par ce foisonnement de jeunes stylistes, leur diversité et leur créativité. Dans un focus consacré aux accessoires, on retrouve la créatrice ivoirienne de coiffes et bijoux Lafalaise Dion, qui est d’ailleurs en couverture de l’ouvrage. Cette dernière, qui se définit comme engagée et disruptive, se réapproprie les cauris, ces petits coquillages qui servaient de monnaie dans les anciens royaumes africains. Audace, humour et disruption sont les maîtres mots de ces jeunes créateurs et créatrices qui valorisent leur héritage et en proposent une interprétation contemporaine. Ils revendiquent une démarche de réappropriation culturelle et inventent un langage qui leur est propre. L’ouvrage d’Emmanuelle Courrèges célèbre cette effervescence créative autour d’une mode qui inspire déjà le monde. Pas étonnant donc que les grandes maisons de couture fassent appel à ces jeunes pousses pour insuffler un peu plus l’esprit libre et novateur des pays du Sud.

* Par Emmanuelle Courrèges, Flammarion, 240 pages, 60 euros.

- Livre : BMK, cuisines d’Afrique de Bamako à Paris

Les frères Abdoulaye et Fousseyni Djikine ont décidé de partager leur goût pour les cuisines africaines. Après l’ouverture de leurs restaurants BMK à Paris, ils poursuivent l’aventure culinaire à travers un livre Cuisines d’Afrique, de Paris à Bamako. Partant du constat que « les Africains eux-mêmes ne sont pas suffisamment conscients des trésors culinaires dont ils disposent » et « du potentiel des produits et des cuisines africaines », les deux frères se sont donné pour mission de contribuer au développement économique africain à travers la promotion de leurs spécificités culinaires.

Un voyage gustatif panafricain

En famille, ils nous invitent à un voyage gustatif et à la découverte des saveurs africaines : allocos, mafé, zaamé, thiéboudienne, ainsi que d’autres grands plats traditionnels sont proposés à côté d’accompagnements comme les pastels, les samosas, souvent vendus dans la rue, sans compter les incontournables jus de gingembre et de bissap, nom local du jus issu de la fleur d’hibiscus… Les 50 recettes du continent qu’ils partagent sont d’abord celles de leur maman et de ses amies… La cuisine est une histoire de famille, au sens large. Autour des recettes, on retrouve des conseils bienvenus distillés avec humour, mais aussi des fiches sur des produits africains comme la banane plantain, le gombo, l’igname, le tamarin, le mil ou le fonio.

Outre les caractéristiques de ces aliments, ils donnent aussi des indications bien utiles, à savoir comment les choisir et les conserver. Pour la cuisine, on retiendra que l’important, c’est la sauce. Et pour ne pas la gâter, il ne faut absolument pas percer le piment qui cuit avec ! On le présente à part. Après des recettes maliennes léguées par maman Fatoumata, mafé, zaamé djéman (riz blanc mijoté avec de la viande), kou (ragoût d’igname)… BMK aborde d’autres spécialités du continent comme les sosaties d’agneau (des brochets d’Afrique du Sud, le kuku paka (un poulet avec une sauce coco et épices du Kenya) et bien d’autres mets.

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Une histoire familiale en sus

En 2017, l’aventure a commencé par une première « cantine » dans le 10e arrondissement autour d’une cuisine familiale et 100 % maison, le BMK Paris-Bamako. Elle sera suivie par l’ouverture en 2020 d’un deuxième établissement dans le 11e, le BMK Folie-Bamako, qui propose des plats moins connus. Ces lieux sont aussi des épiceries fines qui mettent en avant les produits africains. Les frères Djikine ont sélectionné un petit panel des meilleures recettes de leurs restaurants : accras de niébé, sauce tomate gingembre/piment, dibi sogo (viande grillée en bambara), salati ni diégué (poisson) mais aussi pancakes à la farine de patate douce, cheesecake passion et autres desserts. Enfin, ils ont invité une dizaine d’amis, des chefs africains qui proposent des recettes de leur choix. Ainsi, on peut trouver des onigiris de Diadé Dombara, des boulettes de riz japonaises à la sauce africaine, etc. Si vous êtes prêts à vous lancer dans les mofos sakay, les petits pains piments de Madagascar, allez-y. Autre option, allez juste avant tester quelques plats chez BMK.

* Par Abdoulaye et Fousseyni Djikine, Marie-Liesse Cabaret, Hachette Cuisine, 208 pages, 29,95 euros.

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- BD : Sangoma, les damnés de Cape Town

Gros coup de cœur pour « Sangoma ». Une fois dans les mains, on ne lâche plus ce polar captivant qui maîtrise l’alternance entre scènes d’action, magnifiques paysages et gros plans sur les personnages… Cet album de 152 pages nous immerge dans une Afrique du Sud post-apartheid dont les tensions raciales sont ravivées par le débat politique à l’Assemblée nationale sur la question de la répartition des terres. Dans ce contexte, la mort d’un ouvrier agricole noir dans le vignoble d’une famille afrikaner devient un sujet très sensible. Dans l’histoire qui nous est livrée, l’enquête est confiée au jeune et séduisant lieutenant Shane Shepperd qui vient de rentrer dans la police du Cap. Au cours de son enquête, il découvre que ce meurtre semble lié à la disparition d’un nourrisson noir peu de temps avant les faits. Désinvolte et tête brûlée, celui-ci fonce à bord de sa voiture dans les quartiers mal famés du township de Mitchell Plain, sur la piste d’un sangoma, un guérisseur traditionnel, dévoyé et aux pratiques sanguinaires. L’enquête confronte Shane Shepperd à la complexité d’une société qui n’a pas surmonté les tensions raciales. Le sida continue d’y faire des ravages alors que certaines croyances populaires – et sanguinaires – demeurent toujours vivaces…

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Un auteur passionnant, des dessins prenants

Caryl Férey esquisse des personnages attachants et ambigus qui puissent leur complexité dans leur passé, au-delà de clichés. Écrivain français, grand voyageur, Caryl Férey a marqué les lecteurs avec ses premiers polars, Haka et Hutu, qui se déroulent en Nouvelle-Zélande dans une violence indicible. Son incursion sur le continent africain se traduit par un roman multi-primé, Zulu, paru en 2008 et adapté au cinéma. Avec Sangoma, il revient à la BD (déjà deux tomes parus, Maori et Mapuche) avec un scénario bien monté et une intrigue à tiroirs qui distille des indices avant que tout n’explose ! Le suspense est maintenu jusqu’à la fin.

Cette histoire palpitante est aussi superbement mise en lumière par Corentin Rouge, qui travaille un dessin réaliste dans la veine de Hermann, Boucq ou Giraud. La colorisation du livre est, elle aussi, de toute beauté. Corentin Rouge a d’ailleurs fait appel à Alexandre Boucq. Les illustrations sont à couper le souffle. Notamment la première double page, qui ouvre l’album où l’on découvre Shane surgissant dans l’antre d’un sangoma. Frisson assuré avec des paysages de toute beauté. La célèbre Mountain Table est mise à l’honneur alors que de gros plans sont faits sur les visages et que beaucoup de scènes d’action sont parfaitement rendues. Un album captivant.

* Par Caryl Férey (Scénario), Corentin Rouge (Dessin, Couleurs) Alexandre Boucq (Couleurs), Glénat, 152 pages, 25 euros.

- BD : Commissaire Kouamé – Un homme tombe avec son ombre

Avec cet ouvrage, on retrouve avec un grand plaisir l’autrice Marguerite Abouet, qui propose ici un second opus des aventures du commissaire Kouamé sous le titre Un homme tombe avec son ombre. Elle nous avait fait découvrir Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan, à la fin des années 70, sous un jour plein d’humour et d’insouciance à travers Aya, son héroïne, et une saga en six volumes, mais aussi Akissi, sa cadette espiègle, dans une série destinée aux jeunes lecteurs.

Une histoire prenante

Cette fois-ci, elle nous embarque dans la capitale ivoirienne, à l’époque actuelle, sur l’enquête de la mystérieuse disparition de la fille d’un riche industriel français. L’adolescente, élève au lycée français, est albinos… Fugue ? Enlèvement pour rançon ? Ou pire, sa disparition serait-elle liée à la sorcellerie et aux meurtres rituels d’enfants albinos qui se multiplient en période électorale ?

L’affaire est confiée à l’hyperactif commissaire Marius Kouamé, qui se fait fort de la résoudre au plus vite. Grand, les cheveux gris, toujours chic dans son costume aux épaulettes démesurées, le commissaire fait partie de l’élite ivoirienne. Haut gradé, dans le style de la vieille génération, il forme avec son second, Arsène, son chauffeur européen tourmenté par ses histoires d’amour, un duo improbable. Ils circulent dans la ville à bord d’une minuscule voiture orange dans laquelle ils ont du mal à se glisser, vu leur grande taille. L’effet comique est assuré avec ce détail. Cette enquête offre par ailleurs une bonne occasion de visiter les bas-fonds de la ville, de passer par la case prison, la célèbre Maca, de faire un tour dans les maquis louches, les fumoirs et les discothèques au rythme d’une enquête effrénée, car on le sait bien, en cas de disparition, les premiers jours sont cruciaux…

Une enquête déjantée et trépidante

Déterminé, Kouamé traque tous les malfrats qui lui tombent sous la main. Partant du principe que la justice est la même pour tous, il n’hésite pas à coffrer des collègues qui ont refusé de prendre la plainte d’une mère dont l’enfant, albinos, a disparu. Ses méthodes ne sont pas très orthodoxes. Pour preuve, dans la bien-nommée salle des bobos, il mène des interrogatoires de façon très personnelle.

« Monsieur, c’est progressif, la violence chez moi. Je fais d’abord du bluff, puis je les affame. Les coups viennent seulement après. Et si je porte des coups, c’est pour obtenir des résultats », explique-t-il au riche industriel français. Arsène lui donne volontiers un coup de main quand il faut passer à la manière forte pour délier la langue des suspects.

Au fil des pages, Marguerite Abouet déploie une galerie de personnages hauts en couleurs. Ils prennent vie sous le dessin expressif de Donation Mary : il y a le riche industriel hautain, l’indic John Lennon, un sourd-muet bien renseigné, Opportune, une policière qui n’a pas froid aux yeux, et Yao, l’inspecteur tiré à quatre épingles qui transpire et suit difficilement le rythme imposé par le commissaire, les bandits, etc. Sous les crayons du dessinateur, le personnage du commissaire Kouamé est à la fois caricatural et attachant avec son extraordinaire énergie. En nous embarquant dans ce polar loufoque, l’autrice, tout en nous « enjaillant », nous amène à entrevoir les maux de la société dans cette grande capitale africaine : drogue, misère et marabouts qui dévoient des enfants pour les conduire à accomplir de basses besognes, brouteurs, des spécialistes de l’arnaque sur les réseaux sociaux… Palpitant.

* Par Marguerite Abouet et Donatien Mary, Gallimard bande dessinée, 114 pages, 14,99 euros.

- Photo : Autoportrait de Samuel Fosso

Bien sûr, il y a l’expo : plus de 200 œuvres du Camerounais Samuel Fosso sont présentées jusqu’au 13 mars 2022 à la Maison européenne de la photographie. il y a aussi le catalogue pour ceux qui souhaitent repartir avec un beau cadeau souvenir ou ceux qui ne peuvent pas s’y rendre. Autoportrait est la première monographie qui couvre l’intégralité du travail de l’artiste, un véritable maître de la photographie. Depuis le milieu des années 70, Samuel Fosso a concentré son objectif sur l’autoportrait et la performance. Se photographiant à l’infini, il crée une œuvre singulière faite exclusivement d’autoportraits, laissant libre cours à sa passion pour la métamorphose, le travestissement, la mise en scène.

Tout le parcours du photographe est retracé

Ce livre retrace son parcours, les étapes importantes, depuis les premiers autoportraits en noir et blanc des années 70 jusqu’à ses récentes expériences d’autoreprésentation. Parmi les images qui ont marqué les étapes importantes de son parcours, on pense entre autres à la série pleine d’énergie « Tati » (1997), dans laquelle il incarne avec beaucoup d’humour des personnages et archétypes africains et afro-américains. Il pose alors en businessman, en pirate, en femme libérée ou en chef « qui a vendu l’Afrique aux colons ». Une dizaine d’années après, dans « African Spirits », on le retrouve interprétant les icônes du monde noir : Nelson Mandela, Patrice Lumumba, Martin Luther King, Angela Davis ou Aimé Césaire. En reprenant leurs poses dans des images célèbres, avec un souci maniaque du détail. Ainsi de la montre à la coupe afro pour Angela Davis. Il leur redonne ainsi vie. D’autres séries sont à découvrir comme « Emperor of Africa » (2013), « Sixsixsix » (2016) ou « Black Pope » (2017).

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Incarnation de plusieurs personnages

« Au-delà d’une pratique classique de l’autoportrait, Samuel Fosso incarne de multiples personnages comme pourrait le faire un acteur de cinéma pour mieux interroger les codes de la représentation et de la fabrique inconsciente de nos imaginaires », écrit la commissaire Clothilde Morette. « En suivant la trace de sa pratique conceptuelle de l’autoportrait et sa confrontation sans cesse renouvelée avec les notions de sexualité, de genre, d’autoreprésentation, ce livre révèle un projet photographique sans précédent, un projet qui, sans cesse, nous renvoie aux thèmes d’une culture visuelle globale et couvre la palette des modes d’expression de la photographie. »

* Coédité avec The Walther Collection, New York, 351 pages, 85 euros.

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- Livre jeunesse : Afrique, le continent des couleurs

Soledad Romero Marino propose aux jeunes lecteurs une découverte de l’Afrique en 12 étapes très délicatement illustrées par Raquel Martin. Comme un carnet de voyage, Afrique, le continent des couleurs se feuillette d’escale en escale, du Maroc à l’Égypte, de l’Éthiopie à l’Afrique du Sud en passant par Madagascar. Une belle occasion de découvrir Fez, les chutes Victoria, le Cap de Bonne Espérance, la grande mosquée de Djénné, etc. « L’Afrique est une terre aux mille éclats et chacun de ses territoires nous raconte d’incroyables histoires », prévient l’autrice, qui ouvre une fenêtre sur la diversité de ce continent, de ses paysages et de ses cultures.

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L’Afrique dans toute sa diversité

À chaque escale, de courts paragraphes, aisément accessibles pour les enfants, dévoilent de nombreuses informations sur l’Afrique, mettent en avant la diversité des cultures, des modes de vie, et nous replongent dans l’histoire. De très belles doubles pages agrémentent cette excursion avec de superbes paysages du Sahara, des côtes de l’océan Indien ou du delta de l’Okawango.

Au fil des pages, on retrouve des personnalités comme l’incontournable Nelson Mandela, Dian Fossey, qui a dédié sa vie à la sauvegarde des gorilles, ou encore Aminata Traoré, ancienne ministre malienne de la Culture et écrivaine, qui se bat pour les droits et la dignité des hommes et des femmes du continent.

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Ce bel album permet au lecteur de découvrir aussi bien la géographie que l’histoire de l’Afrique, ses traditions, ses spécialités culinaires, sa faune et sa flore. Un beau cadeau à offrir aux enfants dès l’âge de 7 ans !

* Par Soledad Romero Marino et Raquel Martin, Nathan, 19,90 euros.

- BD : Bob Denard, le dernier mercenaire

Olivier Jouvray et Lilas Cognet nous content, à la première personne et sur un ton ironique, la vie de Bob Denard, également appelé « le dernier des mercenaires ». Sur la couverture, il danse avec la mort. Une belle image pour ce mercenaire, spécialiste des coups fourrés et figure controversée de la France du XXe siècle.

Denard, un vrai personnage de roman !

En 1946, sa soif de vie intense le pousse à s’engager dans l’armée. En 1952, après avoir fait le plein d’exotisme en Indochine, goûté à toutes sortes d’excès et de vices, baignant dans la violence, il quitte l’armée. Elle n’a plus rien à lui offrir et surtout il ne correspond pas du tout au profil du bon soldat discipliné. Sa carrière de mercenaire peut commencer. Du Maroc au Zaïre, à partir du Gabon qui sera sa base arrière, il écume l’Afrique. On le retrouve aussi en Mauritanie, aux Comores… À chaque situation, le contexte – enjeux économiques, politiques, ambitions personnelles, stratégies d’États – est expliqué.

Le symbole de toute une époque

Cette BD nous livre un portrait grinçant, avec humour et cynisme, de cet homme de l’ombre, à la recherche des coups, souvent tordus, qui ont jalonné sa carrière de mercenaire. Le scénariste et la dessinatrice instillent même de la douceur, pour évoquer sa jeunesse sous la férule de son père mais aussi sa vieillesse, solitaire et nostalgique. En revanche, le personnage se déploie dans toute son exubérance au sommet de sa « gloire » quand il enchaîne les coups d’État et danse avec la mort. Au-delà de Bob Denard, le mercenaire, c’est bien la peinture d’une face sombre de la Françafrique pendant la guerre froide et la décolonisation qui est proposée.

* Par Olivier Jouvray et Lilas Cognet, Glénat, 148 pages, 22 euros.

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