Valérie Donzelli : « J’ai vite compris qu’il fallait choisir un métier amusant, car c’est au travail qu’on passe le plus de temps »

  • Par kjhg

« Cette photo a été prise au mariage de ma cousine Sylvie. On m’avait demandé d’être l’une des demoiselles d’honneur car j’étais sa filleule, mais on voit assez clairement que ça m’emmerdait ! Les autres demoiselles d’honneur devaient avoir 4 ou 5 ans, quand j’en avais 8, et je me sentais rapprochée d’elles alors que je ­voulais faire la grande. En plus, je détestais porter des robes. Je ne jurais que par le pantalon-baskets et on m’avait affublée de cette robe à smocks, probablement confectionnée par ma mère, de ces petits gants blancs, de ce bouquet de fleurs séchées, avec mes petites chaussures et ma médaille de baptême autour du cou… Bref, je me sentais déguisée en première communiante, pas à ma place.Valérie Donzelli : « J’ai vite compris qu’il fallait choisir un métier amusant, car c’est au travail qu’on passe le plus de temps » Valérie Donzelli : « J’ai vite compris qu’il fallait choisir un métier amusant, car c’est au travail qu’on passe le plus de temps »

C’est mon père qui doit être derrière l’objectif. Il avait dû me demander de le regarder. Je me suis retournée comme ça, les cheveux en mouvement, en tirant la tronche. Derrière moi, on voit la carrosserie d’une 2 CV, ma mère, à droite avec son chapeau et son manteau rouge, et des membres de sa grande famille – ils étaient onze enfants ! Tout le contraire de mon père, fils unique.

Moi, j’avais deux grandes sœurs et un petit frère, né le même jour que moi mais deux ans plus tard. C’était une enfance heureuse à Sucy-en-Brie, dans le Val-de-Marne. On jouait beaucoup ensemble, on était très complices. On imaginait des spectacles pour nos parents, de petites fables de La Fontaine : je faisais l’agneau, une peau de bête sur le dos…

Valérie Donzelli : « J’ai vite compris qu’il fallait choisir un métier amusant, car c’est au travail qu’on passe le plus de temps »

J’étais une petite fille assez lunaire, dans son monde, pas complètement là. Je pouvais passer des heures à jouer seule sans rien, à m’inventer des histoires, à parler, à m’enregistrer avec mon magnétophone et à fabriquer par mimétisme des interviews imaginaires où j’étais à la fois la journaliste, l’actrice, la chanteuse…

Mon rêve était de devenir une de ces speakerines que l’on voyait à la télé chez mes grands-parents. Je les trouvais très élégantes, bien mises avec leur maquillage et leur ­brushing, déblatérant seules des choses sans intérêt. « Chers téléspectateurs, aujourd’hui à 9 h 50, votre feuilleton quotidien… » J’adorais cette voix douce, stable, qui annonçait les programmes de la journée. Je m’entraînais dans ma chambre à les imiter.

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J’ai vite compris qu’il fallait choisir un métier amusant, car c’est au travail qu’on passe le plus de temps. J’en ai pris conscience en observant mon père, directeur commercial, qui s’ennuyait dans son boulot. Comme j’adorais la danse, la musique, Sheila, Sylvie Vartan, Karen Cheryl, je m’imaginais dans le music-hall, pourquoi pas danseuse au Lido ! Mais je ne me projetais ni actrice ni cinéaste, c’est venu bien plus tard.

Je n’ai jamais perdu cette photo. C’est étrange, car elle a immortalisé cette sensation déplaisante dont je me souviens très bien, cette corvée de devoir être déguisée ainsi, moi qui n’aspirais qu’à courir et à faire du foot. Aujourd’hui, pourtant, je suis heureuse de l’avoir. Grâce à elle, je peux me voir en petite fille modèle que je n’ai jamais été. »

Madeleine Collins (1 h 47), d’Antoine Barraud, en salle le 22 décembre.

Nonna et ses filles, série de Valérie Donzelli (9 × 30 minutes). A voir en replay sur arte.tv jusqu’au 14 janvier 2022.

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Valentin Pérez

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