Emploi : les jeunes se disent massivement discriminés

  • Par kjhg

Plus du tiers des 18-34 ans affirment avoir été victimes de discrimination dans le cadre de leur recherche d’emploi ou de leur carrière. « Un chiffre alarmant », s’est inquiétée mardi 7 décembre la défenseure des droits Claire Hédon, lors de la présentation du 14e baromètre de la discrimination dans l’emploi que ses services élaborent chaque année avec l’Organisation internationale du travail.

Particulièrement visé par cette enquête : l’entretien d’embauche ou en vue d’une promotion, au cours duquel 60 % des jeunes ont été confrontés à « des propos stigmatisants ou des demandes discriminatoires ». Et qui, témoignages à l’appui, ne se limitent pas à des préjugés ethniques ou de couleur.

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18 % ont ainsi été incités à changer leur apparence physique (coiffure, maquillage, barbe), 11 % à ne plus afficher de signes d’appartenance religieuse, 11 % à renoncer à un projet d’enfant, 10 % à porter des tenues « plus sobres » ou « plus sexy », 9 % à prendre ou perdre du poids…

« Un continuum d’attitudes hostiles »

« Ce baromètre met en évidence une parole décomplexée et une banalisation de certaines formes de discrimination, résume Jean-François Amadieu, professeur à Paris I et directeur de l’Observatoire des discriminations. Cela confirme ce que nous voyons dans les testings que nous organisons : l’apparence physique est un des premiers motifs de discrimination et l’entretien d’embauche est un lieu particulièrement problématique. »

Dans le reste de la vie professionnelle aussi, les attitudes discriminatoires restent alarmantes. De la sous-estimation des compétences à la mise inutile sous pression « pour en faire plus », en passant par l’attribution de tâches inutiles et ingrates, 90 % des jeunes affirment avoir déjà connu au moins une « situation de dévalorisation » au cours de leur vie professionnelle.

Emploi : les jeunes se disent massivement discriminés

Un état de fait que Claire Hédon rapproche de la discrimination. « Celle-ci s’inscrit dans un continuum d’attitudes hostiles qui, in fine, peuvent constituer un harcèlement discriminatoire », explique celle qui a placé la jeunesse au cœur de son mandat de défenseure des droits.

Au croisement d’autres types de discrimination

Mais celle-ci est-elle plus discriminée que le reste de la population ? Les 37 % des victimes de discrimination chez les jeunes sont à rapporter aux 23 % d’actifs discriminés relevés en 2020. Quant aux séniors, Jean-François Amadieu reconnaît que des études récurrentes soulignent leurs difficultés face à l’emploi : « Ils ont trois fois moins de chance que les autres d’obtenir un emploi », reconnaît-il.

De fait, ce n’est pas toujours à cause de leur âge que des jeunes peuvent être victimes de discrimination. « L’enquête montre bien que, même si les jeunes ont l’impression que c’est leur âge qui est en cause, c’est souvent parce qu’ils sont au croisement d’autres types de discrimination qu’ils sont victimes, résume Jean-François Amadieu. Par exemple, quand on constate une discrimination sur le look, l’accent, le physique, une coupe de cheveux, c’est en fait le milieu social qui transparaît. »

Reste à savoir si ce que les jeunes perçoivent comme des attitudes discriminatoires ne relèvent pas souvent d’incompréhensions plus générationnelles qu’autre chose, par exemple sur le l’aspect extérieur ou la coiffure.

« Ce qui peut être toléré par certains n’est plus tolérable pour les jeunes »

« Nous avons des règles très précises par rapport à l’apparence physique, précise-t-on du côté de la défenseure des droits auquel les victimes peuvent faire appel. Des règles vestimentaires peuvent se justifier, par exemple pour des raisons d’hygiène ou de sécurité. Mais il y a une exigence de proportionnalité. »

Mais la jurisprudence peut évoluer. Ainsi des compagnies aériennes, qui proscrivaient les cheveux longs chez les hommes, ce qui est aujourd’hui considéré comme une discrimination.

« Ce qui peut être toléré par certains d’entre nous n’est plus tolérable pour les jeunes », constate Gilles Vermot Desroches, président de la commission jeunesse du Medef, qui voit un espoir dans les réactions des jeunes aux discriminations : « Par rapport aux difficultés auxquelles ils sont confrontés, plus de la moitié d’entre eux restent confiants quant à leur avenir. »

Autre chiffre : si la colère a été la première réaction pour 41 % des jeunes confrontés à la discrimination, l’« envie de changer les choses » est, finalement, le sentiment le plus persistant chez eux.

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